Les contes de la peur : des histoires à raconter ?

Par LMT

Certains contes traditionnels sont parfois très durs, comme Barbe-Bleue, le Petit Poucet et Le Petit Chaperon rouge...

 

Dans le premier, des épouses trop curieuses sont assassinées par leur mari ; dans le deuxième, des parents égarent leurs enfants dans la forêt, et ces derniers se retrouvent chez un ogre ;  dans le troisième, une petite fille désobéissante est mangée par le loup ! Les contes racontent souvent des histoires à faire frémir !

 

Alors, faut-il inclure ce genre de récit dans le répertoire de vos petits ou, au contraire, les censurer ? Eh bien ! le débat est ouvert.

 

Aux yeux de certains, en privant les enfants de ce genre de lecture, on limiterait leur horizon, on les empêcherait de mieux se comprendre et d'extérioriser leur ressenti, on leur ôterait un exutoire à la peur. Aux yeux d'autres, en ne les exposant pas à des histoires qui pourraient les troubler, on les épargnerait, on les protégerait, et on leur éviterait bien des cauchemars.

 

Selon leur âge, les enfants tendraient à entretenir certaines peurs. Ainsi, les petits ayant entre 2 et 6 ans environ craindraient le noir, des êtres fantastiques comme les ogres, les sorcières et les monstres, des animaux comme les loups et les serpents, des éléments naturels comme le tonnerre, les éclairs ou le feu, la séparation d'avec leurs parents. De 7 à 12 ans environ, les enfants auraient, entre autres choses, peur de la mort (de la leur ou de celle de leurs parents)... et pourtant, tous sont fascinés par les histoires qui font peur, et ils en redemandent !

 

Les contes plaisent aux enfants pour des raisons différentes. Souvent, les petits peuvent s'identifier aux héros parce que ceux-ci leur ressemblent (ce sont des enfants, de jeunes animaux, etc.), ou parce qu'ils ont des traits qui leur plaisent (ce sont des princes et des princesses qui vivent dans des châteaux...), ou encore parce qu'ils se heurtent à des difficultés que les enfants peuvent comprendre (comme la rivalité entre frères et sœurs dans Cendrillon, la peur de la misère et de l'abandon dans Le Petit Poucet, la mort d'un parent dans Blanche-Neige...). Les personnages méchants peuvent symboliser, quant à eux, leur désir de destruction, leurs crises de jalousie, leur peur d'être dévorée...

 

Les contes commencent par des mots magiques : « Il était une fois, dans un pays lointain... », ou « dans un royaume aujourd'hui oublié », ou « il y a longtemps, très longtemps de cela », qui montrent bien que l'histoire a lieu dans un monde imaginaire où l'impossible peut se produire.

 

Les personnages sont généralement typés (les bons se distinguent clairement des méchants), et le bien et le mal sont nettement découpés.

 

Les contes ont souvent une morale : les personnages méchants finissent par être punis, les enfants désobéissants payent le prix de leur erreur — ainsi, pour avoir transgressé l'interdiction de ses parents et avoir pris des risques fous, le Petit Chaperon rouge est mangé par le loup.

 

Généralement aussi, les histoires finissent bien, comme le laissent entendre les mots « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants...» ou « tout est bien qui finit bien ».

 

Tout cela rassure l'enfant et lui donne de l'espoir : il a traversé avec les personnages maints obstacles, et ils s'en sont sortis.

 

La morale de l'histoire ? C'est que le bien finit par triompher et que, si la vie est semée d'embûches, on peut surmonter les difficultés en les affrontant courageusement.

 

Enfin, c'est de manière ludique, à l'aide d'une écriture empreinte d'images et de contrastes, que les contes parlent de sujets parfois terribles.

 

Vous pouvez décider de choisir des contes qui conviennent, à vos yeux, à la sensibilité, à l'âge ou au tempérament de votre enfant. Par exemple, il existe une version du Chaperon Rouge où la petite fille est sauvée à la fin. Rien ne vous empêche non plus de modifier une histoire ou de l'adapter si nécessaire...

 

Il n'existe pas de recette magique où tel conte convient nécessairement à tel âge et à tel enfant !

 

Il faut tâter le terrain, vous fier à la réaction de votre enfant, à l'intensité de son ressenti. S'il montre de la terreur, et si vous voyez qu'il est profondément perturbé, peut-être vaut-il mieux mettre de côté l'histoire ou l'édulcorer temporairement. Ou encore le laisser exprimer ses peurs et en discuter pour les dissiper. S'il reste indifférent, c'est que l'histoire est loin de ses inquiétudes ou de ses goûts actuels. L'important est que vous soyez à l'écoute de votre enfant sans le priver a priori d'un trésor culturel...

Pour aller plus loin, découvrez la fonction thérapeutique des contes au sein du livre « Psychanalyse des contes de fées » de Bruno Bettelheim

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Auteur : LMT

Crédit photo : askpdesigns, 123RF ID 45692490 

 

 

       

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