7 choses à savoir pour comprendre bébé !

Par Mariama BOUIBED

Bonjour, je suis une maman et j'exerce ce qui est selon moi, l'un des plus beaux métiers du monde : celui de puéricultrice !

Je suis passionnée depuis des années par le développement des bébés et de l'enfant et par la création de conditions favorables à leur épanouissement.

Ma grande spécialité est d'accompagner les nouveaux et futurs parents. Je les aide à comprendre comment un nouveau-né et un nourrisson communiquent, comment ils perçoivent l'environnement dans lequel ils vivent et comment ils expriment leurs besoins.

Même un tout petit bébé se raconte avec son corps, son comportement, la façon dont il bouge, ses postures, ses mimiques, ses réflexes, son tonus, ses pleurs...

Et lorsque nous interagissons avec lui — surtout dans les moments de soins — nous imprimons en lui une certaine perception du monde à travers les sensations qu'il expérimente...

Je partage aujourd'hui avec vous quelques-unes des clés qui vous permettront de décoder les comportements et demandes de votre bébé.

Mais avant cela, quelques mots pour vous initier aux spécificités de mon métier.

Qu'est donc une puéricultrice ?

Eh non ! Ce n'est pas une auxiliaire de puériculture ;-)

Forte de trois ans d'études en soins infirmiers et d'une année supplémentaire de spécialisation autour de l'enfant et de la famille, la compétence d'une puéricultrice se retrouve à la croisée des recommandations médicales, des données scientifiques sur le développement de l'enfant et des connaissances en psychologie du développement.

Oui, une la puéricultrice fait lien entre tous ces domaines pour prendre soin de façon globale l'enfant et de sa famille et pour adapter son accompagnement aux spécificités et aux ressources de chaque famille. 

Voilà pourquoi vous trouverez des puéricultrices dans tous les lieux de vie des enfants de 0 à 18 ans et même en anténatal : maternité, ateliers parentalité, responsable de crèche, PMI, coordinatrice petite enfance, accueillante dans les LAEP (lieux d'accueil enfant-parents), soignante à l'hôpital, infirmière scolaire, superviseur des assistantes maternelles... et encore plein d'autres lieux où sont présents les enfants.

Vous l'avez compris : la puéricultrice est l'alliée de tout jeune parent !

Et c'est pourquoi je vous transmets de tout coeur quelques enseignements pour vous aider à développer vos compétences parentales pour les tout-petits !

Bébé ne parle pas... Mais l'on peut décoder ses comportements par une meilleure connaissance de ses besoins !

Ma formation professionnelle et mon expérience de puéricultrice, doublée de celle de maman de 4 enfants (de 9 mois à 15 ans !), m'ont permis de décoder des manifestations que l'on retrouve chez la plupart des bébés, des signes qui vont vous aider à décoder ses comportements et ses demandes.

Bien-sûr, ils ne sont pas exhaustifs, mais les connaitre vous aidera à être plus attentif/ive et à gagner en confiance !

Un bébé ne naît pas vierge de tout savoir ! Il naît déjà riche d'expériences in-utéro, et lorsqu'il retrouve des expériences sensorielles et corporelles proches de celles qu'il a connu in-utéro, cela le rassure et abaisse son niveau de stress, ce qui lui permet une meilleure disposition à l'adaptation et au bien-être.

Voyons donc quelques conseils pour ses premiers mois de vie.

1) Le besoin de contenance et d'enroulement physiologique du nouveau-né et du jeune nourrisson

Dans le ventre de sa mère, le fœtus est positionné de façon physiologiquement enroulée et contenu par la paroi utérine dont il sentait les points d'appui.

La contenance est donc primordiale à la naissance et dans les mois qui vont suivre.

Cela est facile à observer : lorsqu'un nouveau-né est posé rapidement sur la table à langer et qu'on ne le touche plus : on observe ses jambes et ses bras s'écarter de son axe, le laissant là instable et son visage montre de l'inconfort (fronce les sourcils, grimace, pleure parfois...).

Par contre lorsqu'il est posé en douceur et qu'il est posé sur la table à langer, enroulé dans un lange par exemple, son visage reste apaisé et son corps tout entier est détendu.

Emmanuelle Rigeade, puéricultrice consultante et experte du maternage proximale explique l'importance de proposer cette sensation de contenance par un portage physiologique contenant ou un emmaillotage léger par exemple.

Elle parle dans son blog d'un réel « besoin de contenance du nourrisson ».

Un bébé qui pleure a donc besoin d'être pris dans les bras pour s'y blottir et s'y sentir contenu.

Lors du bain, vous pouvez aussi faire toucher les différentes parties de son corps contre les parois de la baignoire pour lui donner les sensations de points d'appuis qu'il connaissait dans ce milieu aquatique qu'était le monde utérin.

Vous pouvez proposer un bain enveloppé : certains bébés apprécient le fait d'être baignés dans un lange pour garder cette continuité de contenance au retrait des vêtements.

Lors des changements de position, pensez aussi à adapter votre gestuelle de façon à ce que l'enroulement physiologique soit toujours respecté.

Par exemple, pour le sortir de son berceau, commencez à le mettre sur le côté en ramenant ses jambes physiologiquement repliées sur son ventre, puis soulevez le haut de son corps et enfin ses fesses et jambes ensemble.

2) Un nouveau-né a la capacité de reconnaître sa « mère sensorielle »

Les nouveau-nés orientent préférentiellement leur tête vers la voix d'une femme plutôt que celle d'un homme ; vers la voix de leur mère plutôt qu'une autre ; vers la langue maternelle plutôt qu'une autre.

C'est qu'ils connaissent déjà, à la naissance la voix de leur mère : c'est celle qu'ils entendaient le mieux in-utéro car elle résonnait en la mère contrairement à tous les autres sons qui, eux, n'étaient perceptibles par l'oreille fœtale qu'à travers cette barrière amniotique et utérine qui amoindrissait et déformait les sons.

A la naissance, un nouveau-né est aussi capable de reconnaitre le lait de sa mère parmi d'autres laits de mère rien qu'à son odeur.

C'est qu'il a la même odeur que le liquide amniotique qui tapissait ses fosses nasales in-utéro et qu'il déglutissait régulièrement.

D'ailleurs, cette odeur est aussi celle qui se dégagent des mamelons de la mère, en particulier de ces protubérances qui se développent sur l'aréole, appelées tubercules de Montgomery.

Celles-ci jouent un rôle dans la stimulation olfactive du bébé. L'allaitement maternel favorise donc cette sensation de connu qui rassure, en plus de tous les bienfaits qui lui sont déjà attribués.

Une séance de peau à peau aussi, pour les mamans qui n'allaitent pas tout comme pour celles qui allaitent, permet cette sensation rassurante pour le nouveau-né.

De plus, la séance de peau à peau permet au bébé de sentir sa peau réchauffée par celle de sa mère, pile poil à 37°comme in-utéro.

Et toute cette chaleur humaine le détend et lui fait le plus grand bien.

Installé là, son oreille écoute les battements du cœur de sa mère : là encore, une rythmicité connue, reconnue par le nouveau-né et ce son grave qui apaise.

Pour plus d'interactions avec votre bébé, vous pouvez préférer un portage en flexion diagonale soutenue par un dispositif : une étude scientifique de recherche en psychologie du développement a montré que le fait de positionner son bébé en diagonale sur la poitrine et non en vertical, permettait au bébé et à son parent de se regarder : les interactions sont donc plus riches.

De même, le fait d'avoir un dispositif de portage, permet au parent d'avoir les mains libres et il les utilise pour toucher son bébé : là encore, cela permet, en plus, des interactions tactiles plus riches.

Ainsi le bébé et son parent sécrètent plus d'ocytocine, cette fameuse hormone de l'attachement, qui apaise et qui est favorable au développement de chacun.

3)  Une sécurité psychoaffective de base à consolider les premiers mois...

Il est important de penser la naissance comme un « passage transnatal » pour le bébé : il passe du monde utérin à un monde tout nouveau pour lui mais dont il a déjà certaines connaissances.

Lorsque nous arrivons dans un milieu que nous ne connaissons pas, nous avons besoin d'être rassuré, d'avoir des repères et d'en construire. Pour le nouveau-né cela est aussi important.

Porter son bébé contre soi est donc important pour le rassurer et créer des liens d'attachements sécurisants : le portage lui fait expérimenter de la contenance et lui apporte des sensations psychocorporelles apaisantes.

Eh non, un nouveau-né ne risque pas de s'habituer aux bras !

Bien au contraire !

S'il les a suffisamment eus et a été contenu dans les bras entre 0 et 3 à 4 mois, il aura construit sa sécurité psychoaffective de base qui lui donnera confiance en son environnement, ce qui lui permettra de se lancer dans ses explorations.  

4) Un bébé est un partenaire actif lors des soins et a besoin de repères et de stabilité

Dès la naissance, à une heure de vie, lorsqu'un bébé est posé sur le ventre de sa mère, il déploie une motricité (appellée crowling) qui le fait avancer vers le sein de sa mère : l'odeur très forte émise par les tubercules de Montgomery le guide dans son déplacement.

C'est tout à fait impressionnant de le voir : un nouveau-né fait une sorte de  quatre pattes ! Et cela ne s'arrête pas là.

Lorsqu'il arrive au sein (et il n'a pas besoin d'aide pour y parvenir), il fait des mouvements rapides de droite à gauche sur le mamelon en ouvrant la bouche, jusqu'à le capter et se mette à téter (c'est ce qu'on appelle le réflexe des points cardinaux, celui de fouissement puis le réflexe de succion). C'est dire combien un bébé dès la naissance est actif !

C'est que la nature a doté le bébé humain de certaines compétences pour s'adapter à son environnement et pour créer des liens d'attachement, essentiels pour sa survie, tant il naît dépendant.

Le développement cognitif va se poursuivre à la naissance et lorsque le bébé connaît de la stabilité dans son environnement, cela lui donne des repères pour comprendre le milieu dans lequel il vit : cela lui permet d'anticiper ce qui va se passer, ce qui —  en plus de le sécuriser — va lui permettre d'être actif.   

5) les réflexes archaïques : de vraies compétences utiles lors des soins de puériculture

Les réflexes archaïques sont des comportements automatisés que présentent tous les bébés bien portants et qui disparaissent vers 2 à 4/5 mois.

En connaitre quelques-uns va vous permettre de communiquer avec votre bébé.

Nous avons vu le réflexe des points cardinaux : si votre bébé a tendance à s'endormir au sein ou au biberon, stimulez-lui la joue du coin de la lèvre jusqu'à l'oreille, cela déclenchera en lui les réflexes essentiels pour téter.

Vous pouvez aussi le stimuler ainsi avant sa tétée ou son biberon pour « l'inviter à être actif ».

Le réflexe d'agrippement ou grasping est un mouvement de fermeture de la main du bébé lorsqu'on lui donne notre pouce dans la paume de sa main par exemple.

Cela est très gratifiant pour les parents : bébé s'accroche à eux ! C'est un contact physique de proximité très important pour favoriser les liens d'attachement avec votre bébé : n'hésitez pas lui proposer régulièrement. Il y a aussi un grasping des pieds : de nombreux parents l'expérimentent en papouillant les orteils de leur bébé.

Focus sur le réflexe de moro : celui-là traduit un inconfort. En réponse à une sensation de chute, à un bruit fort ou inattendu, ou s'il est manipulé trop rapidement, le bébé ouvre soudainement ses jambes, bras et doigts comme pour chercher des points d'ancrage, puis il les ramène, en un mouvement d'embrassement, dans leur position de départ.

Il est important d'observer ce signe chez votre bébé afin d'en déterminer la cause car, par son corps, il vous exprime ce qui le dérange.

6) L'importance du toucher et des massages dans l'éveil corporel du bébé

Le premier sens qui se développe in-utéro et qui a le plus de récepteurs est celui du toucher.

C'est dire combien l'environnement communique avec bébé à travers sa peau !

Il y a même un concept psychanalytique appelé « Moi peau », de Didier Anzieu, autour duquel est expliqué tout ce qu'impliquent les sensations corporelles perçues à la surface de la peau dès la naissance, dans la construction psychique de l'individu.

  • « Si le massage se retrouve dans la plupart des pratiques de maternage à travers le monde, c'est que bien au-delà de la détente physique qu'il apporte, il favorise les liens d'attachements et permet une communication pré-langagière entre le parent et son bébé ».

Dans son article « Le toucher massage et l'éveil corporel », Odile Khalifat, puéricultrice, sophrologue, praticienne en réflexologie pédiatrique et en massage de bébé/femme enceinte, nous explique ceci :

  • « Les bébés ont besoin de stimulation et de contact humain par le toucher pour développer un lien d'attachement de qualité, et un développement physique, affectif, social et comportemental harmonieux. » 

Quel que soit le toucher : bercements, caresses, massage, peau à peau, il procure un effet positif qui se traduit par une meilleure régulation du sommeil, et du stress.

Le toucher stimule les terminaisons nerveuses tactiles de la peau, ce qui engendre une production d'endorphines, d'ocytocine et de sérotonine, fréquemment appelées « hormones d'amour » qui procurent des sensations et des sentiments agréables.

Il est donc important d'accorder une place particulière au toucher-massage dans votre pratique de maternage.

7) Pour un développement harmonieux : bébé a besoin de ressentir de l'empathie à son égard

Un cerveau de bébé se développe mieux lorsqu'il expérimente de l'empathie à son égard et moins bien lorsqu'il sécrète l'hormone de stress.

Cela est largement répandu grâce aux récentes découvertes en neurosciences affectives et sociales.

Sachez que tous les bébés pleurent, mais les pleurs sont parfois déstabilisants et stressants.

Comprendre à quoi servent les pleurs et quels sont les besoins des bébés permet de mieux garder une posture d'empathie à l'égard du bébé qui pleure.

La posture d'empathie s'obtient en restant tendu.e, parce que le bébé ressent dans nos bras notre état émotionnel, et lorsque nous sommes intérieurement calmes nous l'apaisons.   

Apaiser bébé s'obtient aussi par la prosodie, c'est-à-dire avec une certaine musicalité de la voix qui annonce au bébé « ne t'inquiète pas, je suis là avec toi et nous allons trouver ce qui ne va pas ». 

Cette posture d'empathie, c'est aussi répondre au bébé qui pleure et ne pas le laisser se submerger d'une « tempête émotionnelle ».

Il est important d'échanger avec des professionnels si les pleurs du bébé sont difficiles à supporter. Il est très important de connaître ses limites et de savoir passer le relais si nécessaire.

Les pleurs de bébé sont souvent à l'origine du syndrome du bébé secoué. Il est important pour tout parent de s'y sensibiliser. Pour en savoir plus sur les bébés secoués, cliquez sur ce lien.   

Apprendre en marchant...

La parentalité ça s'apprend !

Et l'apprentissage passe par les transmissions, les livres, les conférences, le terrain, les tâtonnements au début, les essais-erreurs parfois... C'est le lot de tout jeune parent !

Mais la volonté d'apprendre et l'attention que l'on porte au comportement de l'enfant peuvent nous aider à faire des pas de géants pour son mieux-être et le nôtre !

Ne vous inquiétez pas si ce n'est pas immédiat, il y a toujours un « accordage affectif » qui se met en place à l'arrivée de son bébé et c'est normal.

Allez courage ! Et souvenez-vous qu'il y a toujours une puéricultrice autour de vous qui s'est engagée dans ce métier pour vous aider.

Mariama, puéricultrice engagée #jesuisinfirmierepuericultrice 

  • Mariama Bouibed est la créatrice du blog « Paroles de Puéricultrices » et l'auteur de « Prendre soin de son bébé : transmissions, astuces et confidences d'une puéricultrice ». Elle exerce actuellement son métier, d'une part en qualité de formatrice aux métiers de l'enfance et, d'autre part, en tant que libérale dans le centre paramédical dédié à la santé de la femme, de l'enfant et de la famille « La Bulle de Pontoise ».
  • Vous souhaitez la joindre pour un accompagnement en parentalité ? Écrivez-lui en direct !  

Crédit photo : Mariama Bouibed 

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