Faut-il laisser aux écrans tout pouvoir sur nos enfants ?

Par LMT & CK

Les écrans des enfants sont le premier fléau des parents, mais aussi leur bouffée d'oxygène ! Peut-on vraiment limiter l'usage de ces écrans magiques et captivants qui dispensent clips, dessins animés et jeux tout en prodiguant aux parents exténués un peu de temps ET la gratitude joyeuse de leurs enfants et adolescents ?

A première vue, il semble impossible d'aller à contre-courant des grandes tendances actuelles liées à la technologie numérique. Les téléphones sont connectés, les cours scolaires sont dispensés sur des tablettes, et l'informatique semble bien être l'une des premières langues de demain !

Pourtant, certains parents interdisent à leurs enfants d'utiliser des téléphones intelligents, des tablettes numériques ou la télévision avant un certain âge... Et pas n'importe quels parents ! Steve Jobs (le créateur d'Apple), et Bill Gates (le fondateur de Microsoft), ont par exemple strictement limité le temps que leurs enfants passent devant les écrans ! 

Restreindre le temps alloué aux appareils électroniques ou encore restreindre leur usage à des fins éducatives est le choix d'un certain nombre de parents conscients du pouvoir addictif des écrans, de leur hégémonie dans nos vies et, surtout, de leurs nuisances !

1) Les écrans : des méfaits scientifiquement prouvés 

Car la surconsommation d'écrans est scientifiquement associée à de nombreux problèmes : retard du langage, difficultés scolaires, troubles du sommeil, déficience de l'attention, troubles du comportement, baisse de l'habileté motrice, fatigue, mauvaise posture, crises d'épilepsie...

Cette longue liste de méfaits pourrait laisser certains d'entre nous indifférents, si ce n'était les dernières études basées sur l'imagerie médicale.     

En effet, de nombreuses expériences d'imagerie cérébrale, menées récemment dans plusieurs pays, montrent que le cortex frontal rétrécit si l'on passe trop de temps devant les écrans et ce, surtout chez les enfants et les adolescents! 

"Une personne qui a un cortex frontal rétréci et moins de matière grise devient plus impulsiveplus sujette aux addictionsplus agressive", selon le Dr Kardaras interrogé récemment dans l'émission Envoyé Spécial sur France 2. "Elle ne prend pas de bonnes décisions. Ses capacités aux enchaînements logiques sont altérées."

Des propos corroborés par de récentes études menées en Chine, où l'addiction numérique croissante des enfants et adolescents préoccupe les autorités. Des scanners cérébraux ont ainsi été effectués sur des adolescents. Les IRM montrent clairement des voies cérébrales rétrécies, indiquant un ralentissement dans la circulation des fluides et une communication cérébrale ralentie. Or des connexions cérébrales altérées peuvent avoir pour conséquence des formes d'autisme et des troubles bipolaires.

Ces diagnostics alarmants concernent bien sûr les cas extrêmes d'addiction, mais ceux-ci ne sont-ils pas devenus monnaie courante avec l'usage des smartphones ?

2) Les smartphones générateurs d'isolement et de dépression 

Dans un article intitulé « Les smartphones ont-ils détruit une génération ? », la psychologue américaine Jean M. Twenge, qui étudie depuis vingt-cinq ans le comportement social et affectif des jeunes, a observé un basculement catastrophique en 2012.  « Cette année-là, plus d'un ado sur deux était équipé d'un smartphone. Aujourd'hui, c'est quatre sur cinq. »

On constate ainsi, en l'espace de quelques années, que le nombre de jeunes qui voient des amis tous les jours a baissé de 40 %, et que le nombre d'enfants qui manquent de sommeil a augmenté de 57 %. Plus alarmant, en l'espace de seulement 3 ans (2012-2015), les troubles dépressifs ont augmenté de 50% chez les filles et de 21% chez les garçons, quelles que soient les classes de populations et leur niveau de vie.

Pire encore, en l'espace de 7 ans (2007 à 2015), le nombre de suicides a triplé chez les fillesdoublé chez les garçons...

Cet isolement croissant prend de l'ampleur même en présence physique de leurs amis: « J'essaye de leur parler et ils ne me regardent pas. Ils regardent leur smartphone ! »

Face à ces données, quel parent ne serait pas tenté de totalement bannir les écrans chez soi ?

Ce fut bien le parti pris de Steve Jobs et de Bill Gates avec leurs enfants il y a quelques années. Mais il y a quelques années d'aujourd'hui, la donne était différente : les écrans n'étaient pas un incontournable véhicule d'insertion sociale pour les enfants... De même, le transfert des connaissances à partir de jeux ludiques et interactifs accessibles sur les écrans était moins prédominant...

Ainsi, certains experts s'accordent malgré tout à dire qu'une consommation modérée des écrans peut, a contrario, être bénéfique chez les enfants. Selon ces experts, habituer nos enfants à utiliser les écrans sans en faire le centre de leur vie pourrait les armer pour plus tard, tout en contribuant à leur épanouissement et à leur acquisition de connaissances aujourd'hui.  

3) Les écrans : un impact positif pour nos enfants ?

Lorsque leur usage est modéré, les appareils électroniques, peuvent être réellement bénéfiques pour nos enfants !

Avez-vous déjà testé les mappes-mondes interactives ? En l'espace de quelques semaines, des enfants de 8 ans peuvent devenir imbattables en géographie ! Tout en s'amusant, ils auront appris à reconnaitre les pays, à pouvoir identifier une île dont vous n'auriez jamais soupçonné l'existence, et à débiter le nom des capitales des pays du globe sans la moindre hésitation !

Tout jeunes, grâce aux écrans, les enfants peuvent apprendre en s'amusant : reconnaitre les couleurs et les formes, apprivoiser les lettres de l'alphabet, former des mots, s'initier à la logique, se familiariser avec les notes de musique et même découvrir de manière ludique des langues étrangères... quand leur intérêt est aiguisé, tout leur leur devient possible !

De plus, les jeux interactifs valorisent les enfants en les félicitant pour leurs bonnes réponses, contribuant à asseoir ainsi leur confiance en soi. Des algorithmes de plus en plus sophistiqués sont d'ailleurs conçus pour les aider à progresser dans leurs apprentissages. Leur secret ? Maintenir le désir d'apprendre des enfants grâce à un système gratifiant où, l'enfant qui réussit le "jeu" change de "niveau", tout comme dans les jeux électroniques qui leurs sont si chers !

Enfin, en plus de contribuer à l'acquisition de connaissances, les appareils connectés peuvent favoriser l'insertion sociale de nos enfants - d'où leur addiction aux systèmes de messagerie instantanée Whatsapp et à Snapchat ! - et les préparer ainsi au monde de demain, qui sera inéluctablement de plus en plus digitalisé.

4) Tout est dans le dosage !

Face à l'emprise des écrans sur nos enfants, à leur nuisance mais aussi à leurs bénéfices, la véritable question est donc de déterminer quel est l'usage que l'on va autoriser, quelle est la fourchette de temps que l'on va allouer, et enfin quels sont les moyens que l'on va mettre en œuvre pour que ceux-ci soient respectés !

5) L'âge est le premier facteur à prendre en considération. 

Avant 5 ou 6 ans, les experts du monde entier s'accordent à conseiller de limiter à ½ heure ou 1 heure maximum le temps passé quotidiennement devant un écran, qu'il s'agisse de la télévision, de la tablette, du smartphone ou encore de l'ordinateur, ou de la console de jeux et ce, quel que soit l'usage.

Entre 6 et 11 ans, les experts sont plus nuancés. Au Canada, par exemple, on recommande fortement de limiter la consommation des écrans à 2 heures par jour tous usages confondus, alors que l'Académie américaine de pédiatrie ne fixe pas de temps maximum d'utilisation, mais préconise d'établir des limites et de les faire respecter.

6) L'encadrement de la consommation est la clé contre les abus

Bien qu'il soit tellement tentant de s'accorder un bref ou long moment de répit en laissant un enfant seul devant un écran - et ce quel que soit son âge ! - il est bon de réserver l'usage d'un écran à une activité ponctuelle et rituelle.

Certains parents autorisent l'usage ludique des écrans comme une récompense pour des devoirs faits en bonne et due forme. Ainsi, une petite demi-heure de télévision ou de jeux sur tablette viendraient gratifier un enfant qui a terminé tous ses devoirs en s'y attelant directement après le goûter, bien assis à son bureau !

Les experts préconisent cependant, de réserver le plus longtemps possible l'usage des écrans à une activité ponctuelle accompagnée d'un parent.

À mesure que l'enfant grandit, il pourra utiliser seul un appareil, mais il est toujours recommandé de surveiller ce qu'il fait en recourant à un système de contrôle parental lorsque c'est possible.

Il est aussi bon de débrancher les écrans et de les ranger quand ils ne servent pas ou, si ce n'est guère possible, de les placer dans une zone passante où la comptabilisation de leur emploi est facile.

Enfin et surtout, les écrans devraient être éteints au moins 1 heure avant l'heure du coucher car ils ne favorisent pas le sommeil !

7) La responsabilisation de l'enfant, c'est possible !

Responsabiliser l'enfant en lui apprenant à fixer et à limiter le temps passé devant un écran est réellement possible et formidablement utile !

Pour aider un enfant à réduire ses activités devant un écran, le mieux est de lui apprendre le plus tôt possible à se contrôler.

Au lieu de lui imposer des interdictions ex cathedra, expliquez-lui les dangers de toute exagération.

Entendez-vous avec lui sur le temps limite qu'il peut passer devant un écran : ce sera comme un contrat qu'il devra apprendre à respecter. Et décidez aussi ensemble du moment.

8) Aidez-les à diversifier leurs activités

Il est bon de transmettre très tôt de bonnes habitudes aux enfants en diversifiant la palette de leurs activités sociales, intellectuelles et récréatives.

Ainsi, la lecture de livres, la pratique précoce et régulière d'activités physiques, les jeux à plusieurs ou les jouets traditionnels (casse-tête, cubes, voiturettes, poupées…) ou d'autres occupations à la fois ludiques, artistiques ou éducatives favorisent la multiplicité des intérêts et, surtout, la non-sédentarité.

L'organisation de sorties intéressantes aide à ce que les activités devant un écran ne se fassent pas au détriment du développement moteur, du sommeil, des devoirs ou, plus généralement, d'une saine hygiène de vie.

De manière générale, la meilleure façon de prémunir ses enfants contre l'abus des écrans et de favoriser les pratiques créatives, interactives et socialisantes.

Les plus bénéfiques sont celles qui demandent de la réflexion, qui favorisent une participation active et qui encouragent les interactions sociales tout en étant ludiques. Ainsi par exemple, passer un après-midi à jouer à plusieurs à des jeux vidéo peut être à la fois très agréable et très « social » ! 

En effet, tous les « écrans » ne se valent pas : regarder passivement la télé n'équivaut pas à utiliser une tablette pour apprendre de façon interactive les nombres ou la géographie, ou à stimuler la mémoire spatiale à l'aide d'un jeu vidéo par exemple !

Enfin, prenez garde, les parents donnent l'exemple aux enfants : si les premiers ne prêchent pas d'exemple, il sera difficile d'inculquer de saines habitudes aux seconds !

Nos enfants nous devancent dans les nouveaux usages. Leur perception de la réalité sera de plus en plus traversée par les écrans. A nous donc de les aider à trouver un équilibre entre réel et virtuel et à les aider à asseoir une bonne hygiène de vie §

... Pour aller plus loin, partagez vos retours d'expérience avec notre communauté de parents sur le groupe Facebook PopMoms Community !

 

Rédaction : LMT & CK

Crédit photo 123RF ID49041221 Shao-Chun Wang  

 

       

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