La fessée : un mal nécessaire ou une abomination ?

Par LMT

« Tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles » est interdit depuis le 1er janvier 2017, après un vote du Parlement le 22 décembre 2016. Mais si la fessée est déconseillée et juridiquement interdite dans 23 pays d'Europe (53 dans le monde), elle reste autorisée en France.

Selon un sondage mené par l'Ifop en 2015  pour Le Figaro, 70% des Français sont opposés à l'interdiction de la fessée, soit 7 Français sur 10 considèrent que le choix de pratiquer ou non la fessée revient au parent. Selon Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion à l'Ifop, ce vote pourrait s'expliquer par le fait que les Français accorderaient encore à la fessée « un certain nombre de vertus éducatives ». 

Il est clair que tous les châtiments corporels ne se valent pas : si les gifles, les fessées, les taloches, les raclées et autres coups sont tous étiquetés comme des formes de violence, certains peuvent avoir des conséquences beaucoup plus graves que d'autres.

Des gifles, données au visage, de même que les claques sur la tête, peuvent faire beaucoup plus de mal qu'une fessée.

Quant aux taloches, aux raclées et aux coups, ils ne sont certes plus justifiables et ne sont plus considérés en Occident comme des garants du redressement des caractères : la violence « éducative » aboutissant à de la douleur physique n'est plus associée à un meilleur apprentissage.

Hier encore, la fessée était un geste commun... Et les adultes d'aujourd'hui qui disent en avoir reçu "quelques-unes" dans leur enfance ne s'en portent pas si mal...  Pourtant, rien que le mot « fessée » soulève de hauts cris, des gestes de dégoût, une vive condamnation, et donner la fessée est souvent un acte décrié et considéré comme scandaleux, parce que jugé constituer une forme de violence. Or, la violence, qu'elle soit physique ou verbale, est nuisible au développement de l'enfant.

Les conséquences des fessées utilisées comme moyen disciplinaire

La fessée peut s'expliquer par la désobéissance constante de l'enfant, par la fatigue des parents, etc. Mais, pour la plupart des pédopsychiatres et psychologues, si elle s'explique, elle ne s'excuse pas, car beaucoup d'études indiquent que les enfants qui reçoivent des punitions corporelles, comme des fessées ou des claques, tendent à être plus agressifs et à utiliser la violence quand quelque chose ne leur convient pas, à avoir une plus faible estime d'eux-mêmes et à être plus sournois.

Ainsi, selon le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur du livre "Parents, osez vous faire obéir"  (éd. Albin Michel), l'enfant « risque d'intégrer la violence dans son mode de fonctionnement ».

Des méta-études montreraient, en effet, un lien entre la violence subie dans l'enfance et la violence manifestée jeune ou à l'âge adulte car, souvent, les enfants reproduisent le modèle qu'ils subissent ou qu'ils ont subi dans le passé, même s'ils en ont souffert.

Si un enfant associe la violence physique à la colère parce que c'est ce qu'il voit autour de lui, parce que c'est le modèle éducatif auquel il est soumis, il apprend à frapper quand il est lui-même en colère, et il peut utiliser sa supériorité physique contre son petit frère ou sa petite sœur ou contre des enfants de son entourage ; bref, contre plus faible que lui. L'utilisation de la violence lui semble normale, même envers ceux qu'il aime. Il recourt à celle-ci parce que c'est ce qu'il a appris plutôt que la négociation et la résolution de conflits par la parole.

En outre, comme le relève la pédiatre Dre Catherine Gueguen, le cerveau de l'enfant est négativement affecté par la violence, car le stress ressenti favorise la libération d'une hormone, le cortisol, qui risque de détruire, si elle est relâchée très souvent, des neurones de structures cérébrales importantes, et causer des troubles du comportement.

Par ailleurs, la fessée peut être considérée comme très humiliante par l'enfant, qui peut développer une faible estime de lui-même.

Lorsque des fessées qui font mal se répètent, l'enfant vit dans la peur.

Or, s'il a peur d'être puni quand il commet des bêtises, viendra un moment où il n'osera plus expérimenter, faire l'essai de choses, tout simplement.

Il risque alors de devenir trop craintif et de s'enfermer sur lui. Il n'aura pas appris à se faire confiance. Et c'est lui qui sera le grand perdant car, adulte, il aura besoin de cette qualité qu'est le courage d'oser.

Éduquer un enfant, ce n'est pas l'écraser et le dresser, mais l'accompagner.

Parfois, l'enfant soumis, formé à obéir sans comprendre pourquoi, est poussé à la résistance et à la haine de l'autorité.

Il n'apprend pas à distinguer l'autorité qui encadre de celle qui écrase et annihile.

Il peut aussi s'en sortir en apprenant à faire ce qu'il veut en cachette, à dire « oui » et à se plier en apparence quand dedans il dit « non » et trouve des moyens de réaliser ce qu'il veut. D'une certaine façon, il apprend à être menteur, dissimulateur, à double face.

Que dit généralement la fessée à propos des parents ?

Dans tous les cas, on doit se poser la question suivante : donne-t-on une fessée parce que l'enfant est insupportable et qu'il essaie très souvent d'enfreindre les règles ?

Ou donne-t-on une fessée parce qu'on n'en peut plus, qu'on est épuisé, qu'on est débordé, qu'on se sent impuissant ou exaspéré, qu'on perd patience et qu'on ne se contient plus ?

Eh bien, la plupart du temps, on administre une fessée parce que, trop énervé, on ne se contrôle pas assez.

Selon la pédiatre Edwige Antier, auteure de "L'autorité sans fessée", (éd. Robert Laffont), «  lorsqu'[on lève] la main sur [son] enfant, [on a] déjà perdu [son] autorité ». Elle propose dans son livre des solutions adaptées aux circonstances et aux caractères des enfants.

Or, en tant que parent, on devrait reconnaître sa fatigue et réagir avant de piquer une crise de nerfs et de ne plus se dominer. On ne devrait pas exprimer sa colère et son mal-être par des actes de violence physique dirigés contre un enfant.

Y a-t-il en fait des actes ou des attitudes si graves qu'ils méritent une correction physique ?

Un enfant est un enfant et, par définition, il est incapable de comprendre pleinement toutes les règles et de s'y plier ; oublier, ne pas saisir pleinement, être maladroit physiquement, essayer de nouvelles choses, tester les limites, ne pas savoir inhiber ses impulsions, tout cela fait partie de son développement.

Éduquer, c'est trouver en soi la force de répéter les mêmes choses, d'expliquer souvent pourquoi certaines sont bonnes alors que d'autres ne sont pas acceptables, de faire comprendre qu'il y a des choses qui ne passent pas parce qu'elles sont dangereuses, comme traverser la route sans bien regarder à droite et à gaucher et sans tenir compte des feux de circulation.

  • Vous voyez que votre enfant va transgresser un interdit ? Prenez les devants, et faites diversion en attirant son attention sur quelque chose de permis en disant « non, pas ça, mais ça... »
  • Vous sentez que vous allez perdre patience ? Isolez-vous momentanément, le temps de retrouver vos esprits et votre maîtrise de vous-même.
  • Votre enfant fait une crise ? Isolez-le un court moment : donnez-lui le temps de décanter et de réfléchir.

Et, avant d'en arriver à être à bout, trouvez moyen de vous assurer un congé et de sortir en appelant quelqu'un de votre entourage à l'aide.

Une ou deux petites tapes sur les fesses... 

Dans certains cas, une petite fessée très occasionnelle pourrait-elle servir un but éducatif et constituer un moyen acceptable de discipline ?

Pour que la fessée ait la moindre chance d'avoir une valeur éducative, il faut que vous preniez le temps d'expliquer calmement à votre enfant en quoi il a mal agi. Donc une tape n'a aucun sens si l'enfant est trop petit pour comprendre.

Vous tenez compte de l'âge de votre enfant : vous n'avez jamais levé la main sur votre bébé ni sur un petit de moins de trois ans. Vous avez beaucoup lu sur le développement cognitif de l'enfant et vous savez bien que l'âge est un facteur que vous devez prendre en considération pour évaluer ses facultés de compréhension.

Vous privilégiez en tout temps la patience, la sérénité, les explications, le bon exemple, la transmission positive des messages, mais parfois, calmement, vous jugez que la situation ne peut perdurer et que, malgré tout ce que vous avez fait, votre enfant ne s'est pas montré réceptif : il a choisi d'aller trop loin alors qu'il avait compris les raisons de votre interdiction et que vous alliez sévir...  Pour vous, le recours à la fessée n'a jamais été un pilier de l'éducation et certainement pas un acte de punition systématique.

Mais, dans certaines circonstances exceptionnelles, vous voyez son utilité, et vous estimez que votre position est acceptable puisque dans beaucoup de pays occidentaux, comme les États-Unis, le Canada et quelques pays d'Europe, elle est encore tolérée et légale.  

Bien sûr, il faut faire la distinction  entre une petite tape sur la fesse, une fessée donnée exceptionnellement sans chercher à faire mal et une fessée habituelle utilisée régulièrement comme pratique éducative !

Une tape sur les fesses n'est pas une fessée. Et une tape légère n'équivaut certainement pas à une tape brutale. Ainsi, aux yeux de la psychologue clinicienne Sylvia Simon, auteure de « Une fessée légère et symbolique ? Pourquoi pas » (éd. Albin Michel), une simple tape sur les fesses d'un enfant qui signifie juste « non » symboliquement et qui n'a pas pour but de faire mal n'est pas condamnable.  « À  travers cette tape, le parent veut signifier "Non" à l'enfant et lui met des limites dans une situation particulière de résistance à des interdits déjà formulés. C'est le NON définitif, en dernier recours, qui sera d'autant plus fort, s'il est exceptionnel et jamais un mode d'interdiction et de limites permanent.

Mais souvent la simple menace peut suffire car cette tape sur les fesses, même petite, peut être ressentie comme humiliante et particulièrement infantilisante. »

Aux yeux de Dany De Baeremaeker, psychologue social, la fessée utilisée comme dernier recours quand un enfant met sa vie et celle d'autres personnes en danger ou quand il persiste après que ses parents ont recouru en vain au dialogue, aux explications, aux remontrances et à « l'engueulade » est utile, à condition qu'elle soit bienveillante et jamais le résultat d'un défoulement. Traiter un enfant comme un adulte, le subir et baisser les bras quand rien n'y fait n'est pas éducatif, et tolérer qu'il devienne un dictateur ne sert personne. Le pédopsychiatre Maurice Berger va dans le même sens à condition que la fessée soit « rare, non impulsive, ni trop douce ni trop forte ».

Il n'y a pas de solutions miracles. Il n'y a pas d'outils qui fonctionnent en tout temps, qui assureront une éducation parfaite quelles que soient les circonstances et le caractère de l'enfant.

Il est toujours difficile d'amener quelqu'un à faire quelque chose qu'il n'a pas envie de faire, mais certains enfants sont plus malléables que d'autres.

Quand des méthodes ne fonctionnent pas, il faut changer de stratégie : il n'y a pas de bonne façon de faire quelque chose qui ne marche pas, qui met tout le monde en échec.

Il est alors temps de prendre du recul, de consulter peut-être, de se renseigner à tout le moins en en se documentant le plus possible.

Mais en aucun cas la violence physique ne doit être remplacée par la violence verbale, des propos humiliants et de la violence psychologique.

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Un article signé LMT pour PopMoms, tous droits réservés©

Crédit photo : Alexander DummerUnsplash 

       

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