Ecole classique ou alternative... Quel système éducatif choisir ?

Par LMT

Inscrire son enfant à l'école classique, qu'elle soit publique ou privée... c'est le choix de la majorité des parents.

Toutefois, certains parents optent pour une voie marginale et décident d'instruire leurs enfants autrement. Ils les déscolarisent pour prendre pleinement en charge leur éducation ou encore décident de les inscrire dans des écoles "alternatives" qui prennent en compte leur personnalité et valorisent leur créativité.

Le cas extrême de Ben Cash

L'histoire vraie de Ben Cash, magnifiquement illustrée dans le film "Captain Fantastic" du réalisateur Matt Ross, largement primé au Festival de Cannes et au Festival Sundance, relate l'histoire vraie d'une famille qui a choisi de vivre en autarcie dans une forêt du nord-ouest américain. 

Ben Cash, citoyen américain, s'installe avec sa femme au plus profond de la fôret, loin de la ville et de la société de consommation américaine, pour se consacrer pleinement à l'éducation de ses 6 enfants

Ensemble, ils cultivent le sol, chassent, pêchent, escaladent les falaises et dévalent les montagnes, s'interrompant pour s'initier à la philosophie, à la politique, à la littérature, aux langues, au dessin, à la sculpture et à la musique... 

Ce film très émouvant relate les joies de ses enfants en pleine immersion dans la nature, et la mort prématurée de leur mère, qui va les forcer à quitter leur petit paradis naturel.

Les enfants devront alors faire face aux nouveautés et aux périls d'un monde qui leur est étranger.

Leur éducation hors du système scolaire n'empêchera pas l'un des enfants d'être par la suite reçu à la prestigieuse université de Harvard pour entamer un cursus universitaire hors normes...

Pourquoi déscolariser son enfant et opter pour une éducation alternative ?

En réalité, les motifs varient selon les parents :

  • Parfois, c'est tout simplement pour des raisons pratiques : dans de grands pays comme les États-Unis et le Canada, des personnes habitant des zones rurales éloignées des commodités urbaines trouvent parfois plus facile d'éduquer leurs enfants que de les accompagner à l'école tous les jours.
  • Certains parents optent pour l'école à la maison parce que leur enfant souffre d'un handicap physique rendant les déplacements difficiles ou d'un handicap mental le rendant incapable de suivre le parcours « normal ».
  • D'autres parents veulent privilégier les talents particuliers de leurs enfants pour des disciplines particulières (sport, musique ou autre forme d'art...) qu'ils pratiquent de façon semi-professionnelle et qui nécessitent un horaire et un programme très flexibles.
  • D'autres parents encore veulent instruire eux-mêmes leurs enfants afin de contrôler les connaissances ou les valeurs qui leur sont transmises : c'est le cas de parents très religieux, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, tels ces créationnistes américains qui refusent que leurs enfants absorbent des matières ou des théories qui mettraient en danger leur savoir religieux ou qui contredisent, à leurs yeux, des passages bibliques interprétées littéralement, ou encore ces parents musulmans qui inscrivent leurs petits dans des écoles coraniques axées sur l'apprentissage religieux. La détermination des savoirs à transmettre à leur progéniture et la transmission contrôlée de valeurs religieuses, morales ou spirituelles guident leur choix.
  • Un nombre croissant de parents ne font pas confiance au système parce qu'ils ont eux-mêmes souffert de leur expérience à l'école : par exemple, de l'intimidation par d'autres élèves ou de conflits avec des enseignants.
  • D'autres encore estiment qu'il ne sert à rien de forcer les jeunes à ingurgiter des matières qui ne les intéressent pas et que de telles contraintes restreignent leur liberté, leur désir d'apprendre et leur créativité.
  • Certains mettent en avant des préoccupations pédagogiques. Ils désirent que leurs enfants apprennent à leur rythme, que celui-ci soit plus lent que la moyenne ou, au contraire, beaucoup plus rapide : il n'est pas nécessairement question pour eux de s'éloigner des matières enseignées à l'école, mais plutôt de s'assurer que celles-ci sont enseignées à une vitesse adaptée aux besoins et aux capacités de leurs petits.
  • Enfin certains parents ne rejettent pas le programme scolaire officiel, mais ils désirent utiliser d'autres méthodes, outils ou moyens que ceux qui sont privilégiés dans les écoles. D'autres pensent que leurs enfants perdraient tout simplement leur temps à l'école.

Bref, il existe toute une panoplie de raisons pour lesquelles il y a des enfants qui sont éduqués à la maison : elles visent soit à les faire rentrer dans un moule très particulier, soit, au contraire, à les tenir loin d'un moule considéré comme constricteur et commun alors que les êtres humains sont si différents les uns des autres, avec leurs forces et faiblesses particulières.

Bien sûr, c'est une minorité de parents qui tranchent aussi radicalement : moins de 1 % en France, autour de 4 % aux États-Unis.

Tant que les enfants reçoivent de l'instruction, les parents ont le droit ne pas les mettre à l'école : c'est légal. Cela fait partie des droits de l'homme et des libertés fondamentales[1].

En France et ailleurs, l'État surveille quand même la progression des enfants pour s'assurer que ceux-ci ne sont pas privés d'instruction.

Cette façon de procéder est pourtant loin de faire l'unanimité : elle crée des disparités pas toujours heureuses, d'abord parce que les écoles ont leurs raisons d'être : souvent, les programmes sont bâtis en fonction des besoins de la société et favorisent la formation de l'individu, et la pédagogie repose généralement sur des recherches à long terme sur la cognition et la pédagogie.

Les avantages de l'école « classique » 

  • Il faut bien le dire, tous les parents n'ont pas le bagage nécessaire pour enseigner à leurs enfants n'importe quelle matière, surtout à mesure que ceux-ci grandissent. Si une élite considère que l'école nivèle par le bas, en général elle nivèle par le haut en assurant à tous le droit à l'éducation et l'apprentissage de matières très différentes qui aideront les enfants à choisir par la suite ce qui les intéresse le plus. Il faut avoir les moyens intellectuels d'éduquer soi-même ses enfants.
  • Il faut aussi avoir des moyens financiers permettant de compter sur un seul salaire ou sur un revenu plus limité, lorsque l'un des deux parents se consacre exclusivement à la transmission des savoirs scolaires. Et il faut avoir la force et la patience de cumuler les tâches ménagères, pratiques et organisationnelles, tout en portant la responsabilité très lourde et très contraignante de s'occuper en permanence de l'éducation de ses enfants.  
  • Dans les écoles d'État, les enfants apprennent différentes matières, qu'ils les aiment ou non, qui élargiront leurs horizons en leur donnant un savoir de base. Souvent, on apprend à aimer des disciplines qui nous semblaient au départ rébarbatives parce qu'elles demandaient de nous un effort soutenu, et on se rend compte par la suite qu'elles nous intéressent ou qu'elles peuvent nous mener loin.
  • La question de la socialisation des enfants se pose : garder des enfants à la maison, c'est les priver de camarades de classe de leur âge, une première forme de réseautage et une forme de socialisation par des pairs si divers que l'enfant doit apprendre dès un jeune âge à composer avec une microsociété. Ensuite, le confinement à la maison ou à la famille peut être sclérosant mentalement et affectivement, voire étouffant.

Les avantages de l'école à la maison 

  • Un apprentissage plus créatif, qui peut laisser place à l'expression de la personnalité de l'enfant ou de ses talents particuliers, et la transmission de matières utiles qui ne sont pas enseignées à l'école, de même qu'un suivi pointu. Certains parents optent même pour la « déscolarisation » (unschooling), qui consiste à n'imposer aucun horaire ni aucun programme précis, mais à utiliser toutes les questions de l'enfant ainsi que les évènements du quotidien pour le former.
  • Un horaire plus flexible, qui permet de ne pas être assis sur une chaise plusieurs heures de suite et d'intégrer différentes variantes, sorties et expéditions enrichissantes dans le quotidien de l'enfant. Celles-ci rompent la monotonie, stimulent l'intérêt et l'ouverture d'esprit, et agrandissent l'horizon du jeune. Un autre avantage certain est de ne plus devoir se plier à un calendrier scolaire contraignant, et de pouvoir fréquenter des établissements (ludothèques, bibliothèques, musées, parcs, etc.) en dehors des heures de pointe ou des fins de semaine, et de profiter de tarifs avantageux sur les plans du transport, de l'hébergement, etc., en planifiant vacances et voyages en dehors des saisons hautes.
  • Le développement de l'autonomie et du sens de l'organisation de l'enfant : celui-ci peut apprendre à gérer lui-même son temps.
  • Un plus grand respect des capacités et du rythme d'apprentissage de l'enfant, qui n'est plus obligé d'aligner sa progression sur celle d'une vingtaine ou d'une trentaine d'autres camarades de classe de son âge et qui a plus de latitude pour poser des questions et pour fréquenter des personnes de tout acabit. Grâce à des groupes de soutien ou à des groupes communautaires, notamment, l'enfant scolarisé à domicile côtoie des adultes et entretient avec eux des rapports qui ne sont pas uniquement fondés sur l'autorité/soumission, ainsi que d'autres enfants de différents âges. Et il n'est plus plongé dans un cadre où la crainte, la performance, la rivalité et la compétition sont parfois omniprésentes.

Il est évident qu'il est possible de vivre « autrement ». Des personnes ayant grandi en dehors du système scolaire « normal » ont fréquenté les plus grandes universités. Mais c'est parce qu'ils avaient le niveau requis et les compétences nécessaires pour entrer dans ces universités, ayant suivi un programme qui leur permettait de "réintégrer le système" lorsque nécessaire.

La question n'est pas de savoir si l'école à domicile est théoriquement bonne ou mauvaise, mais de s'assurer que, si l'on choisit cette solution, c'est parce qu'on est capable de donner les meilleures chances à son enfant : on lui permet de s'instruire, de s'épanouir, et on lui donne le bagage nécessaire pour l'aider à se réaliser pleinement une fois adulte...

Il faut cependant garder à l'esprit qu'un enfant est un enfant, et que s'il est naturellement pétri de curiosité, il rechigne souvent à adopter une discipline d'efforts intellectuels. En exposant nos enfants au spectre limité des choses qui leur semblent séduisantes de prime abord, on restreint leurs horizons et leurs possibilités. Et, surtout, on ne leur donne pas le bagage nécessaire pour pouvoir changer de voie en cours de route. L'essentiel est de ne pas hypothéquer leur capacité à réintégrer le système ultérieurement.

Par ailleurs, il n'est pas dit que les enfants approuveront l'éducation choisie par leurs parents une fois qu'ils seront adultes.

Les parents peuvent compromettre -  sans en être conscients - et en ayant les meilleures intentions du monde, le droit à l'éducation de leur progéniture.

Le cas du québécois Ynanan Lowen

Ainsi, Yonanan Lowen, un ancien membre de la communauté juive hassidique du Québec, a poursuivi en 2014 différences instances qui, à ses yeux, l'avaient privé de l'éducation séculière à laquelle il avait droit. Yonanan avait été placé par ses parents dans une école juive traditionnelle qui ne suivait pas le programme gouvernemental. Dans sa mise en demeure, il a ainsi relevé que l'État, en fermant les yeux sur ce type d'école, « [a porté] atteinte de manière illicite et intentionnelle au droit à l'éducation prévu par la Charte des droits et libertés de la personne et encadré par la Loi sur l'instruction publique ».

En réponse à la plainte de Yonanan, Me Jonathan Desjardins Mallette, secrétaire général de la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles, a répondu que « la scolarisation d'un enfant appartient à ses parents. Il leur revient de procéder à l'inscription de leur enfant à une école d'une commission scolaire ou à une école privée. »[2]

Ce à quoi Yonanan a rétorqué qu'il avait été pénalisé par le choix préjudiciable de ses parents, en expliquant notamment qu'il avait été tenu dans l'ignorance de choses indispensables, comme l'apprentissage du français et de l'anglais, qui sont des langues incontournables au Québec, ainsi que de notions géographiques minimales comme l'existence du fleuve Saint-Laurent au Québec... Des notions culturelles de base qui ont réduit à néant ses chances de trouver du travail en dehors de sa communauté d'origine.

L'enfer est parfois pavé des meilleures intentions. En voulant favoriser l'épanouissement de ses enfants, on peut, à long terme, finir par hypothéquer leur avenir.

Certains jeunes gagnent à être « comme tout le monde » en suivant le parcours commun ; d'autres en ont les ailes rognées.

Il n'y a pas de recette gagnante unique : l'important est de ne pas penser à soi en essayant de déterminer le destin de sa progéniture, ni d'oublier que les enfants sont des enfants et que, de ce fait, ils sont appelés à faire des choses qui ne leur plaisent pas mais qui bénéficieront à leur développement ultérieur.

Il faut disposer de bons moyens financiers, avoir des compétences pluridisciplinaires solides, être empreint de sagesse et de stabilité émotionnelle pour se charger de l'éducation de ses enfants sur tous les plans : scolaire, sportif, relationnel, émotif, etc. Ce n'est certainement pas donné à tout le monde !

Les écoles altternatives : le cas extrême d'Ad Astra, l'école du milliardaire Elon Musk

La Clef des Champs, Ecole Montessori, Freinet, Steiner, Sudbury, l'annuaire des pédagogies alternatives ne cesse de s'enrichir ! Si la majorité d'entre nous avons entendu parler de la pédagogie Montessori et de certaines écoles alternatives, d'autres initiatives nous sont étrangères, même si elles sont paroxystiques !

C'est le cas de l'école créée par le célèbre fondateur de Paypal, de Tesla et de SpaceX : Elon Musk. En 2013, il  décide de prendre en charge l'éducation de ses enfants en créant une école très privée, pour sa progéniture et pour une quelques enfants « triés sur le volet », sans préciser toutefois ses critères de crible.

L'école, nichée dans le centre spatial SpaceX, porte elle-même un nom qui en dit long sur ses ambitions : « Ad Astra » vient du latin et signifie « jusqu'aux étoiles » en français.

Les informations relatives à cette école, à son fonctionnement et à sa philosophie restent rares. Lors d'interviews, Elon Musk a cependant laissé filtrer que les notes n'avaient pas lieu d'être dans son école et que l'éducation était dispensée à chaque enfant selon « ses capacités et aptitudes propres ». Il a également précisé que son école était centrée sur des matières ayant trait à l'actualité (exit l'enseignement de l'histoire) et aux problématiques futures auxquelles devront faire face ses jeunes élèves devenus adultes. 

Ainsi, au sein d'Ad Astra, les enfants planchent sur la conception de robots, se familiarisent avec les cryptomonnaies, questionnent leur avenir face à l'intelligence artificielle, explorent les problématiques du nucléaire, avec toujours la possibilité d'approfondir une matière ou de l'abandonner.

Si l'école ne comptait au début que 8 élèves, il y en a aujourd'hui une cinquantaine, dont la moitié est constituée d'une sélection d'enfants de personnes travaillant chez SpaceX. Les enfants sont regroupés par projet, tout comme les adultes en entreprise : ils fonctionnent en « mode projet », et débattent de sujets avec des ingénieurs de SpaceX en salle de classe ! Les langues étrangères et le sport ne font, quant à eux, pas partie du programme... Bref l'école est façonnée selon les convictions propres à un homme, réputé génial mais psychologiquement instable... Il faudra attendre quelques années pour voir ce que deviendront ces enfants formés à une école aussi originale.

Vous avez déscolarisé votre enfant ? Vous entreprenez par vous-même son éducation "académique" ou encore l'avez inscrit dans une école alternative ? Partagez vos retours d'expérience et questionnements sur le groupe Facebook PopMoms Community avec toute la communauté de parents !

Pour en savoir plus :

 

Un article signé LMT pour PopMoms, tous droits réservés©

Crédit photo : michael-liao-640974-unsplash  


[1] Il est précisé dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 — « Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants », repris dans la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de 1952, et réaffirmé dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne de 2002.

[2] Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/694329/ecole-hassidique-yonanan-lowen-loi-instruction-publique

 

 

 

       

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