Les enfants du divorce

Par LMT

Il n'est pas rare que d'anciens amoureux demeurent ensemble sans éprouver ni amour ni haine pour l'autre ; ils le font tout simplement pour des raisons de sécurité matérielle, de confort et d'habitude...

Le fait d'avoir un enfant les pousse encore plus à rester dans la voie dans laquelle ils sont engagés. Mais beaucoup de relations de couple, qu'il s'agisse de mariages, d'unions pacsées ou de fait, se soldent par un échec qui se traduit par le choix d'emprunter des chemins différents ; même la présence d'enfants ne peut les bonifier ni les cimenter.

Il n'y a pas si longtemps, on soulignait les effets néfastes que la séparation de leurs parents avait sur des enfants ; certains disaient même qu'il valait mieux que les parents restent en couple malgré leurs disputes et leur manque d'amour plutôt que de faire subir à leur progéniture une telle rupture.

C'est ce que soutient, par exemple, une thérapeute américaine, Judith Wallerstein, dans son livre-choc The Unexpected Legacy of Divorce (ce qui signifie « l'héritage inattendu du divorce »).

Qui n'a pas observé, d'ailleurs, chagrin, angoisse ou terreur dans les yeux d'enfants ou d'adolescents dont le père et la mère parlent de se quitter ?

Les troubles vécus par les enfants — dans leur enfance ou leur vie d'adulte — sont encore souvent rattachés au divorce de leurs parents : traumatisme, perte de repères, déracinement, blessure d'amour et de confiance profonde, fugues, problèmes psychologiques, incapacité de s'engager plus tard dans des rapports amoureux fructueux, tentatives ultérieures de suicide, consommation de drogue, démêlés avec la police...

Les années ont passé, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et les études récentes montrent que les choses ne sont pas si tranchées.

S'il vaut toujours mieux qu'un enfant grandisse dans un climat d'harmonie, d'entente et d'amour avec ses deux parents, il ne peut s'épanouir s'ils sont incapables de dialoguer, s'ils se déchirent sans cesse, s'ils se dénigrent, et s'ils utilisent leur enfant comme témoin ou levier de chantage, lui transmettant un modèle malsain et l'amenant à se sentir déloyal envers sa mère ou son père. Lorsqu'il est exposé à des familles recomposées heureuses, il a d'excellentes chances de s'épanouir vraiment.

Une chose est claire : le mariage à vie n'est plus le modèle le plus fréquent. Une autre chose est sûre : une séparation est toujours difficile et douloureuse, surtout les premières années quand, stressés par la situation et pris par l'ampleur des choses à régler, les parents ne sont généralement pas en mesure de soutenir leurs enfants. Ils ont moins de temps, d'énergie émotionnelle et d'attention à leur consacrer au moment où ceux-ci en ont pourtant le plus besoin.

Voici quelques facteurs à prendre en considération :

  • Il est évident qu'un enfant s'adaptera beaucoup mieux à la rupture de ses parents et sera plus équilibré si sa famille (grands-parents, oncles et tantes compris) l'entoure d'un amour qu'il sent inconditionnel, si son père et sa mère jouissent d'un bon état mental, et s'ils maintiennent autour de lui un environnement sain, calme et respectueux, quels que soient les efforts que cela exige.
  • Les enfants réagissent différemment selon leur âge, leur sexe et leur personnalité à la rupture de leurs parents. À tous les âges cependant, ils ressentent les effets de celle-ci.

Les bébés et les tout-petits remarquent l'absence de leur mère ou de leur père, la vivant comme un abandon, et sont sensibles à l'humeur et aux émotions de ceux-ci ; ce n'est pas parce qu'un enfant ne comprend pas une conversation qu'il ne perçoit pas les sentiments négatifs (anxiété, colère, etc.) véhiculés. Les tout-petits peuvent se blâmer de la situation et craindre énormément la perte de leur père ou de leur mère ; nombre d'entre eux régressent et font preuve de colère et d'agressivité.

Entre 5 et 8 ans, les enfants comprennent suffisamment ce qu'une séparation signifie pour vivre celle-ci comme un deuil et souffrir de dépression ; ils peuvent se blâmer, mais aussi blâmer leurs parents ; leurs comportements, leurs notes à l'école et leurs rapports avec les autres risquent de s'en ressentir.

Les enfants âgés de 9 à 12 ans risquent aussi d'être déprimés et d'éprouver de la colère, mais ils seraient assez grands pour comprendre le point de vue de leurs parents et faire preuve d'empathie à leur égard.

Les jeunes ayant entre 12 et 16 ans vivraient mieux la situation en général, ce qui n'exclut toutefois pas les cas de délinquance et de tendances suicidaires dans les cas extrêmes, et, moins gravement, un sentiment de colère et une remise en question de leur propre capacité à établir des relations stables à long terme (cf. étude à consulter ici).

  • Quel que soit leur âge, cependant, la réaction des enfants sera aggravée par une rupture malsaine réalisée dans la discorde, l'agressivité ou la haine.
  • Une séparation à l'amiable est toujours plus saine qu'une séparation entourée de récriminations et de conflits tranchée par un juge et ne convenant pas aux deux parents. Un climat de violence conjugale et de rabaissement de l'autre, les cris et les pleurs ne favorisent ni la quiétude ni l'épanouissement ; et, quand la séparation ne règle en rien l'hostilité et les attaques mutuelles des parents malgré le passage des années, les enfants se retrouvent perpétuellement sur un champ de bataille où ils doivent prendre position. S'ils sont aussi victimes de négligence ou de violence, ils en garderont des séquelles durables. Combien de mauvaises nuits un enfant passera-t-il si l'un de ses parents, très déprimé, pleure beaucoup ? et combien de mauvaises journées endurera-t-il s'il sent que son père ou sa mère, en situation d'infériorité financière ou affective, va pâtir énormément de la séparation ?
  • Il est courant que le niveau de vie de l'enfant chute brutalement après la séparation de ses parents ; cela arrive notamment beaucoup aux femmes qui ont la garde de leur progéniture. Dans un tel cas, l'instabilité financière et le stress vécu nuisent à l'enfant. Les moyens du père et de la mère devraient s'équivaloir ou, à tout le moins, permettre à l'enfant de grandir dans des environnements similaires. Les questions financières devraient être réglées adéquatement et de manière civilisée. Si le parent qui a la garde principale a beaucoup plus de problèmes financiers que l'autre, ou s'il y a déséquilibre entre les parents qui se partagent la garde, l'enfant est amené à vivre deux « réalités ». Si les moyens financiers des deux parents se contractent énormément, l'enfant grandira beaucoup plus pauvrement qu'avant et souffrira  de privations matérielles, en plus de ses privations affectives.
  • Une séparation ou un divorce qui aboutissent à l'absence de l'une des deux figures parentales — qui se désinvestit de sa progéniture financièrement ou affectivement, parce qu'elle s'engage dans une nouvelle relation amoureuse et parentale, ou parce que les relations avec l'ex se sont trop détériorées — ne peut susciter que de la jalousie et de la peine, et laisser des traces très profondes. Comment ne pas se sentir nul et indigne d'amour quand on ne sait pas retenir son père ou sa mère ? Comment ne pas avoir mal si ses parents se remarient et ont d'autres enfants qui vivront, eux, toujours avec leurs deux parents ? Il est donc très important que les parents fassent leur possible pour rester dans la vie de leur progéniture.
  • Le déménagement affectera certainement un enfant s'il entraîne un gros changement de son milieu de vie (changement d'école, de quartier, d'amis ou de club), mais les effets de cela s'amenuiseront avec le temps.

Pour Suzanne Lamarre, psychiatre d'urgence et de crise au Centre hospitalier de St. Mary, au Québec, ce ne sont pas tant les querelles qui posent problème que la façon dont on les règle ; des rapports de force déséquilibrés — par exemple, des relations de bourreau et de victime au sein d'un couple — ne peuvent favoriser un sain épanouissement de l'enfant (en savoir plus).

Alors, comment aider un enfant à mieux vivre le stress et la peine engendrés par la rupture de ses parents ?

  • En établissant des négociations diplomatiques et constructives avec la personne de laquelle on se sépare : les discussions houleuses et conflictuelles devraient se dérouler hors de la présence de l'enfant, et le climat à la maison devrait être calme. Les disputes constantes sont traumatisantes pour un enfant et peuvent perturber son fonctionnement dans différentes sphères de sa vie : à la maison, à l'école, etc. Le désir de se quitter ne devrait pas se traduire par le manque de respect de l'autre ; de même, la rancune, la colère et les désaccords ne devraient pas persister après la rupture. Des émotions comme le ressentiment, la victimisation (le fait de se poser en victime pour susciter la pitié ou obtenir des avantages) et la colère peuvent marquer l'enfant psychologiquement plus que la séparation elle-même. En outre, il est très important de ne pas profiter de son enfant dans les négociations pour obtenir quelque chose : ce dernier ne devrait jamais être utilisé comme un moyen de pression et de chantage, ni constituer une monnaie d'échange ou de punition de l'autre. Il ne devrait donc pas être pris à témoin et amené à prendre parti, ni être amené à s'identifier à celui de ses parents qui se pose en victime ou, au contraire, en « oppresseur », ni être pris comme confident ou pour espionner l'autre parent. Il ne devrait pas non plus « remplacer » le partenaire perdu et être intégré dans une relation de dépendance, ce qui l'amènerait à se sentir responsable de son père ou de sa mère solitaire.
  • En communiquant avec son enfant en tenant compte de son âge et de ses facultés de compréhension, en lui expliquant clairement les choses sans accuser l'autre parent, et en lui transmettant l'information nécessaire sur ce à quoi ressemblera sa vie future ; en prêtant une oreille attentive aux émotions et aux craintes qu'il essaie d'exprimer par ses gestes ou par ses paroles, en discutant avec lui et en le rassurant, sans avoir peur de lui répéter qu'il n'est pas la cause de la rupture et que l'amour qu'on lui porte restera aussi entier, et que la fin de la vie de couple ne signifie pas la fin de la vie familiale. Le changement fait peur, aux enfants et aux adultes, alors on ne peut trop réconforter un enfant !
  • En établissant une saine coparentalité, qui se traduit, notamment, par la cohérence de l'éducation, par une juste mesure entre la permissivité et la discipline, et par une prise de décision commune concernant les questions relatives à la progéniture : un enfant qui est exposé au désaccord de ses parents et à des consignes contradictoires ne peut se développer harmonieusement
  • En tenant compte du mieux-être et des préférences de l'enfant au moment de déterminer les conditions qui seront les siennes à l'avenir, que ce soit en ce qui a trait aux termes de la garde (partagée, alternée, etc.), du lieu où il habitera, de la division des biens et de la pension alimentaire (montant, fréquence…). S'il est assez grand, il est bon de l'impliquer dans certaines décisions qui le concernent, comme la décoration de sa nouvelle chambre.
  • En assurant à son enfant un réseau de soutien qui facilitera la transition. Il est essentiel que l'enfant puisse parler de ce qu'il vit et de ses problèmes avec d'autres, qu'il s'agisse de jeunes de son âge qui traversent la même crise, de membres de la famille, d'adultes compatissants, d'un thérapeute ou d'un psychologue. Souvent, l'enfant a besoin de se confier à d'autres personnes que son père ou sa mère.
  • En contrôlant les émotions négatives et la détresse qu'on ressent, et en ne l'y exposant pas, et en faisant preuve d'habiletés parentales importantes (manifestations de tendresse et d'amour, supervision adéquate, établissement d'une discipline constante et cohérente, mais pas trop sévère, etc.).
  • En favorisant le plus de constance possible pour réduire le sentiment d'insécurité et d'instabilité engendré par la perte de l'entité papa/maman, de la résidence familiale, et peut-être du quartier, de l'école et des amis. Il est bon de maintenir les routines, les jouets, les relations amicales ou familiales… Il faut aussi donner le temps aux enfants de s'adapter aux allers et retours entre les parents.
  • En faisant attention au moment et à la façon dont l'enfant sera introduit au nouveau partenaire et à ses propres enfants, le cas échéant. Il est primordial que votre enfant ne sente pas que l'amour et l'attention que vous lui portez sont menacés par votre nouvel amour, et que les enfants de celui-ci ne passeront pas avant lui, ni ceux que vous aurez avec votre conjoint.

Les études sur les effets de la séparation restent contradictoires. Il y en aura toujours certaines qui montreront que les enfants d'un divorce tendront plus que ceux d'un mariage stable à avoir plus tard des comportements délinquants et des problèmes de drogue ou de prostitution, ou des troubles psychologiques.

On relève, par exemple, que les enfants du divorce ont plus tendance que les autres à éviter de s'engager émotivement dans des relations, à multiplier les aventures ou à se séparer par la suite.

Une étude de Statistique Canada va dans ce sens et indique que les modèles familiaux se transmettraient de génération en génération : les enfants de parents séparés auraient deux fois plus de chances de divorcer que ceux de couples unis.

Les enfants répéteraient tout simplement les comportements qu'ils ont appris au contact de leurs parents, comme on apprend sa langue maternelle, explique la psychiatre Suzanne Lamarre (cf. "Les enfants du divorce, 20 ans après", magazine L'actualité).

Cependant, une synthèse récente de plusieurs centaines d'articles indique que le stress vécu par les enfants s'estompe, et des études américaines soulignent que la plupart des enfants du divorce ne gardent pas de séquelles émotives, psychologiques ou autres à long terme.

Les premières générations d'enfants du divorce ont tiré des leçons de leurs expériences passées. Ainsi, elles foisonnent d'idées sur le plan de la garde partagée : parfois, elles choisissent d'habiter un même immeuble ou dans un même quartier pour que leur enfant perde moins de temps dans les transports et pour qu'il soit près de ses deux parents, ce qui le rassure ; parfois, les enfants passent une semaine ou deux chez leur mère, puis le même laps de temps chez leur père ; ou encore quelques jours chez l'un puis chez l'autre.

Souvent, c'est l'enfant qui choisit. Lorsque les parents réussissent leur séparation, ils peuvent fêter Noël, Pâques ou d'autres occasions ensemble ; cela fait plaisir à l'enfant et cela coûte moins cher.

Comme toujours, rien n'est entièrement blanc ni entièrement noir. L'essentiel est de garder son enfant au centre de ses préoccupations en jugulant les émotions négatives et en grandissant soi-même pour que la séparation se vive dans un climat propice à l'épanouissement de l'enfant une fois son choc, ses espoirs de réunion et sa peine passés.

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Pour aller plus loin

Livre « Le divorce expliqué à nos enfants », par Patricia Lucas et Stéphane Leroy

Livre « Les orphelins du divorce : Les pères, les mères, et les enfants racontent » par Chronique sociale

BD « Les parents de Zoé divorcent », par Calligram

Livre « Séparons-nous mais protégeons nos enfants »

Livre « Les enfants du divorce », par Studyrama

Livre « Les enfants dans le divorce », par Jeunes Editions

Les enfants du divorce 2O ans après : lire

La réaction des enfants et leur adaptation à long terme : lire

Les souffrances des enfants du divorce : lire

Être attentif aux besoins de son enfant : lire 

Un article signé LMT pour PopMoms, tous droits réservés©

Crédit photo : merci à hutomo-abrianto-584600-Unsplash

 

       

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