Confiance en soi, aidez votre enfant à l'acquérir !

Par Yaël Landau, journaliste et bloggeuse

Vous l'avez sûrement constaté. Dans un même bureau peuvent se côtoyer des personnes si sûres d'elles qu'elles réussissent à donner le change même lorsqu'elles ne sont pas vraiment compétentes, et des salariés qui sous-estiment tellement leurs capacités qu'ils ne se voient pas vraiment confier de tâches à la hauteur de leur talent.   

A l'école, le même type de configuration peut être observé. Des élèves, sûrs d'eux, confiants, peuvent réussir là où peuvent échouer des élèves brillants mais qui doutent de leurs compétences.

« C'est une constatation à la fois banale et fréquente mais en même temps très pertinente : la confiance en soi est une nécessité pour la réussite des apprentissages scolaires, comme pour tout apprentissage d'ailleurs », note Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne et psychothérapeute dans son ouvrage « Mais qu'est-ce qui l'empêche de réussir » (Odile Jacob, 2015).

Et Benoît Galand, docteur en psychologie et professeur en sciences de l'éducation à l'Université catholique de Louvain, de confirmer, dans un article du magazine Sciences Humaines (« À l'école de l'estime de soi », Juin 2015) : « Depuis plusieurs décennies, des recherches en éducation soulignent l'importance de la confiance en ses capacités à apprendre. La confiance permet de faire face à l'anxiété, améliore l'engagement, favorise un usage judicieux des bonnes stratégies d'apprentissage et l'acquisition de connaissance ».

Toutefois, poursuit l'enseignant, « contrairement à une idée reçue, ces travaux indiquent que ce n'est pas l'estime de soi globale qui est déterminante, mais plutôt ses capacités à agir dans des domaines spécifiques. » En d'autres termes, il est possible d'avoir confiance en soi dans un domaine et en manquer totalement dans un autre.

CONFIANCE EN SOI : DE QUOI PARLE-T-ON ?

Se mêlent ici deux notions qui s'imbriquent, et que le sens commun mélange parfois : la confiance en soi et l'estime de soi.

Tentons quelques définitions.

La confiance en soi pourrait être la représentation que nous avons de notre capacité à accomplir une tâche. L'estime de soi, serait un sentiment plus général, un jugement de valeur sur sa propre personne.

« Pour éclairer la différence entre confiance en soi et estime de soi, on peut penser à un élève qui serait un piètre sportif mais qui accorde peu d'importance à cette matière. Il a alors une mauvaise confiance en ses capacités à réaliser une bonne performance en EPS mais son estime de soi est intacte. En revanche, s'il se considère mauvais en mathématiques mais qu'il considère cette matière comme fondamentale dans sa réussite, il aura à la fois une faible confiance en soi (en ses capacités à résoudre un problème d'arithmétique ou de géométrie) et une faible estime de soi (il portera des jugements négatifs sur sa valeur d'être humain) », peut-on lire sur le blog de Caroline Jambon, ex-professeur des écoles et coach pour enfants déscolarisés, apprendre-reviser-memoriser.fr.  

Certains enfants peuvent particulièrement être concernés par ces problématiques. Les hypersensibles, des hyperémotifs et les anxieux, par exemple, peuvent voir leur capital confiance en soi (et estime de soi) fondre comme neige au soleil dans certaines circonstances : remarques d'un enseignant ou d'un parent qui manquerait de bienveillance, commentaires déplacés d'un autre élève ou même juste une note qui ne serait pas à la hauteur de ce qu'ils attendaient…).

D'autres enfants, porteurs de troubles des apprentissages, de troubles dys (dyslexie, dysgraphie, dyscalculie, etc.) par exemple, peuvent également montrer des signes de manque de confiance en eux quand ils n'arrivent pas à surmonter certaines difficultés, notamment, ou lorsque leurs efforts ne sont pas reconnus.

Ainsi, l'un des articles de Leni, enseignante spécialisée qui tient le blog Maitresseuh, permet de se faire une idée de ce que peut ressentir un élève dyslexique en cas de difficulté scolaire et le rôle, de la bienveillance des enseignants. En discutant avec ses élèves diagnostiqués dyslexiques, ce professeur des écoles E RASED (Enseignant spécialisée dans la difficulté scolaire), s'est rendu compte qu'ils étaient souvent conscients de leurs points faibles mais très rarement de leurs points forts.  

« Après une énième discussion avec un petit garçon de 9 ans tout dépité par le diagnostic tombé l'année précédente (« Je suis nul, je n'arriverai jamais à rien, qu'est-ce que je vais devenir plus tard ?, je n'arrive même pas à lire une phrase, je pourrai jamais avoir un métier... »), j'ai cherché un moyen de rebooster son estime de soi (...). J'ai décidé de créer deux documents : l'un avec les qualités/atouts souvent observés chez les personnes dyslexiques, le second recensant les dyslexiques célèbres, parce que pour un enfant c'est parlant et valorisant. Mon élève est ressorti de notre séance de travail le sourire aux lèvres et avec des étoiles dans les yeux, bien décidé à en reparler à la maison avec son papa dyslexique afin de découvrir quels étaient ses superpouvoirs à lui. Un grand bol de confiance en soi, ça ne se refuse pas ! », raconte l'enseignante sur son blog.

« Avoir une attitude bienveillante et à l'écoute, se renseigner sur les troubles de l'enfant afin de bien les comprendre, l'encourager et le valoriser, plutôt que de pointer ce qui ne va pas, peut déjà l'aider grandement », confirme Delphine de Hemptinne, orthophoniste belge, interrogé par le site destiné aux professeurs, vousnousils.fr.    

DES IDÉES POUR AIDER LES ENFANTS À AVANCER

Car, oui, le regard des parents ET des enseignants peut aider les enfants à ne pas perdre confiance en eux. Et la confiance en soi, si elle fait défaut, peut toujours être développée.

Quelques pistes d'actions à mettre œuvre sont proposées ici.

1/ Rappeler que l'erreur est utile car elle fait partie du processus d'apprentissage

Une publication de la page Atelier Montessori a ainsi retenu notre attention sur Facebook. On y voir six photos avec des affichettes aux mentions toutes positives :

  • « Tu t'es trompé... C'est super. Même la maîtresse se trompe parfois » 
  • « Tu t'es trompé... C'est fabuleux. Tu feras mieux la prochaine fois »
  • « Tu t'es trompé... C'est merveilleux. Cela prouve que tu as essayé »
  • « Tu t'es trompé... C'est positif. C'est comme cela que l'on progresse »
  • « Tu t'es trompé... C'est génial. Essaie encore, ça va marcher »
  • « Tu t'es trompé... C'est fantastique. Que retiens-tu de cette erreur ? »

Rappelons que, dès les premiers mois, les bébés procèdent par essais/erreurs pour marcher, parler, construire leurs propres raisonnements.   

 A l'école, plutôt que de punir, encourager les enfants à apprendre de leurs erreurs avec empathie et bienveillance peut les aider à ne pas perdre confiance en eux. Car ici, ce sont les émotions qui prennent le relai.

2/ Intégrer le fait que les émotions positives aident à croire en ses capacités

Comme le notent Olivier Revol et Jeanne Siaud-Facchin dans un article du magazine Sciences Humaines intitulé  « La précocité intellectuelle, un handicap ? » (avril 2017), « nous savons depuis Antoni Damascio que nos émotions renforcent notre intelligence ».    

Prendre plaisir à ce que l'on fait est peut être l'une des clés. Par exemple, pourquoi ne pas proposer à l'enfant qui manque de confiance en lui des activités créatives qui ne le mettront pas en échec ? L'enfant appréciera certainement de mettre son imagination au service d'un dessin, d'une construction ou, s'il est plus âgé, d'une création vidéo, par exemple, et sera très probablement fier de son œuvre, surtout si un adulte l'encourage avec des commentaires bienveillants.  

Si l'on se réfère à la Discipline positive (ne pas confondre la « Discipline positive » avec « l'éducation positive » car il s'agit ici d'un ensemble d'outils proposé aux parents, basés sur les écrits de Jane Nielsen), « encourager » est le terme adapté car encourager - plus que complimenter - aide l'enfant à se construire.

L'enfant qui reçoit des compliments agit souvent dans le but de faire plaisir à celui qui le félicite (le référentiel est externe). En revanche, les encouragements (référentiel interne) permettent de mettre l'accent sur le chemin parcouru et celui qu'il reste éventuellement à parcourir. Ainsi, selon la Discipline positive, les compliments créent une dépendance au regard de l'adulte alors que les encouragements permettent à l'enfant d'être plus fort et de gagner de la confiance en lui, d'être autonome.     

« L'encouragement est à l'enfant ce qu'est l'eau à la plante » , aurait dit Rudolf Dreikurs (1897-1972), l'un des psychiatre à l'origine de ce qu'on appelle aujourd'hui la Discipline positive codifiée par Jane Nielsen.           

Les enfants sont sensibles aux messages qu'ils perçoivent ou croient percevoir de leurs parents, mais sont également influencés par les remarques des enseignants et de leurs camarades de classe. Il convient ainsi d'être vigilant et de se préoccuper de l'environnement scolaire.

3/ Essayer des méthodes d'apprentissage alternatives ou bien mettre en place des dispositifs qui apportent une aide précieuse

« Transformés en personnages merveilleux, mots et verbes s'animent : le roi ÊTRE est gentil et facile à vivre tandis que le roi AVOIR se montre retors. Le malicieux monsieur Troglo-temps détient quant à lui les clés du e muet... » telle est la présentation de l'ouvrage désormais de référence  « Hugo et les rois Être et Avoir »(réédité en 2013, éditions Le Robert).    

Cette méthodologie a été conçue et crite par Anne-Marie Gaignard, étiquetée, enfant, cancre et nulle en orthographe... Egalement auteur de « La Revanche des nuls en orthographe  » (Calmann-Lévy, 2012), Anne-Marie Gaignard a réappris, adulte, à écrire après avoir découvert qu'elle n'était pas dyslexique. Elle reçoit aujourd'hui des enfants en difficulté au sein de son centre de formation. Sa méthode pour vaincre les fautes d'orthographe a convaincu des milliers de personnes : enfants, parents et enseignants... redonnant confiance aux élèves et espoir aux adultes.

L'histoire de Multimalin, une méthode d'apprentissage des tables de multiplication, est totalement différente. Pour autant, cette méthode novatrice révolutionne quelque peu la manière d'apprendre et de mémoriser les tables de multiplications. Imaginée par Matthieu Protin, ancien professeur des écoles, elle s'appuie sur le concept d'imagerie mentale afin d'offrir des histoires scénarisées pour chaque table de multiplication, avec des chiffres qui prennent vie sous forme de personnages à qui il arrive de drôles d'histoires !  

Une méthode particulièrement adaptée aux élèves dyscalculiques qui, grâce aux images, surmontent leurs difficultés avec les chiffres.

Les enfants dysgraphiques pourront, eux, avoir recours à un ordinateur, par exemple. Le tout étant de trouver le dispositif qui convient le mieux à chaque enfant, de façon à contourner ses difficultés et lui proposer un cadre de travail confortable, dans lequel il pourra s'épanouir sans se démobiliser.

4/ Travailler la confiance en soi grâce à un tiers

Psychologues, orthophonistes ou coachs spécialisés peuvent aider les enfants à surmonter leurs angoisses et blocages.

Certains spécialistes peuvent apporter aux enfants des clés pour gérer leur stress, pour s'affirmer ou faire fi des remarques qui n'ont pas lieu d'être. Pour les aider à devenir plus autonomes également.

D'autres travaillent avec l'idée sous-jacente d'aider les enfants à y voir clair, à trier le vrai du faux, à démontrer que ce qu'ils pensent n'est pas toujours avéré. C'est notamment le crédo d'un organisme suisse qui a même créé le jeu de société d'aventure, Cap sur la Confiance, qui invite les jeunes participants à travailler sur leur situation personnelle et construire petit à petit leur sentiment de confiance en leurs capacités. Un concept ludique conçu, initialement, pour apporter un support à des coaching de groupes d'enfants de 8 à 12 ans.  

« A l'origine, notre première idée était de mettre sur pied des cours d'appui. Nous pensions qu'en travaillant à deux, avec des petits groupes d'enfants, sans programme imposé, ce serait beaucoup plus facile de les faire progresser. Nous nous sommes vite rendus compte que ces cours d'appuis ne donnaient pas les résultats que nous espèrions et que la clé du mystère était ailleurs, expliquent Mélanie Cotting et Quentin Bays, les deux enseignants qui ont fondé le cabinet de coaching avant de concevoir ce jeu. Alors, nous avons commencé à questionner les enfants sur leur vécu par rapport à l'école. Il s'est avéré petit à petit que tous nous parlaient, d'une manière ou d'une autre, d'un manque de confiance. Ils nous disaient par exemple « je suis nul en maths », « je n'arriverai jamais à écrire juste », « je ne comprends rien en allemand », « je ne retiens rien en histoire ». En faisant des recherches sur l'influence de ces fausses idées sur les résultats qu'ils obtenaient, nous sommes arrivés à la conclusion que sans changer ces fausses idées, les résultats ne changeraient pas non plus. A partir de là, nous avons pris l'option de travailler en priorité sur ce que les enfants croient à leur propre sujet et de trouver des moyens pour renforcer leur confiance en leurs capacités. »

La confiance invitant à la performance scolaire, ce jeu a pour singularité de démystifier les croyances, d'inviter les enfants à dépasser leurs appréhensions et à mettre en évidence leurs avancées en distribuant des étoiles d'expérience auxquels ils tiennent tout particulièrement. « Ils récoltent ces étoiles comme autant de marques de bienveillance, ingrédient indispensable à tout processus d'apprentissage »,  relève Mélanie Cotting.    

La confiance en soi peut changer le parcours d'une vie. Les enfants sont plus perméables aux apprentissages comportementaux que les adultes. Plus tôt vous les aiderez à prendre conscience de leur valeur et à rebondir de manière positive sur les événements de leur vie, plus vous les aiderez à s'aimer tels qu'ils sont et à s'élancer dans la vie avec joie et confiance !

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Un article signé Yaël Landau pour PopMoms, tous droits réservés©

Yaël Landau est maman de 4 enfants. Journaliste et blogueuse, elle a aussi créé 8h45.com, un nouveau média destiné aux parents !

Crédit photo : merci à ratiu-bia-146356-unsplash

 

       

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