La Discipline Positive : éduquer les enfants sans punir

Par Yaël Landau, en exclusivité pour PopMoms

Les formes d'éducation qu'ont reçues nos parents et grands-parents ne séduisent plus une partie des parents d'aujourd'hui qui pense que l'éducation doit se faire dans un respect mutuel, sans autorité, sans sévérité.

Sans permissivité pour autant, sans laxisme.

La Discipline Positive apporte des ressources pour éduquer sans punir, avec fermeté et bienveillance, dans la concertation et en offrant un cadre propice à l'épanouissement de chacun. 

Quelques définitions pour commencer 

Parentalité positive, éducation positive, pédagogie positive, discipline positive… sont des termes souvent utilisés sans distinction. Le fil rouge commun à chacun de ces concepts : la bienveillance et l'empathie, dans l'intérêt des enfants.

La parentalité positive est tout autre chose. Incarnée, en France, par Isabelle Filliozat, psychothérapeute, didacticienne en psychothérapie, conférencière et auteure, elle prône une approche empathique qui suppose que l'enfant a des raisons de se comporter comme il le fait, raisons que les parents (qui ne peuvent être tenus responsables) doivent identifier pour y répondre efficacement, avec tendresse et bienveillance.

Popularisée, notamment par Charlotte Ducharme, maman blogueuse, fondatrice du site « Cool Parents Make Happy Kids », l'éducation positive s'appuie sur quelques principes simples : toujours expliquer pour responsabiliser, user d'empathie ou donner l'exemple. L'idée est d'éviter d'inculquer aux enfants une culture du rapport de force, qui a pu être un modèle d'éducation dans le passé, et de plutôt leur apprendre le respect mutuel.

La pédagogie positive, chère à Audrey Akoun et Isabelle Pailleau qui ont écrit sur ce sujet, privilégie l'approche « Tête, Cœur, Corps » dans les apprentissages. La communication non violente et la gestion mentale font partie de ses principes. Cette pédagogie s'appuie également sur la gestion des émotions, la confiance et l'estime de soi et la coopération. Elle valorise positivement les efforts et les progrès des enfants plutôt que le résultat, et offre une alternative à la peur de l'échec.

La Discipline Positive s'inscrit dans les mêmes courants. Mais la bienveillance des parents ou des enseignants doit s'accompagner d'un cadre ferme auquel les enfants doivent se référer. Plus qu'un concept théorique, il s'agit d'une démarche d'éducation. Cette démarche a été formalisée par Jane Nelsen, une américaine mère de 7 enfants, psychologue scolaire, thérapeute familiale, qui, s'appuyant sur les travaux de psychiatres autrichiens nés au 19e siècle, a décliné des principes d'éducation en outils pratiques.

La Discipline Positive : une approche qui fait grandir 

« La Discipline Positive a la force d'un rêve, celui d'éduquer dans la fermeté et la bienveillance sans avoir à choisir entre l'une et l'autre, de trouver la juste autorité dont les enfants ont aujourd'hui besoin pour déployer leurs ailes dans la coopération et l'autonomie. Le rêve aussi, pour les parents et les enseignants, d'aider les enfants à développer des compétences indispensables pour la vie, tout en profitant pleinement d'une relation fondée sur la confiance et le respect mutuel », explique Béatrice Sabaté, psychologue clinicienne et maître formatrice en Discipline Positive, dans la préface de l'édition française de l'ouvrage de référence écrit par Jane Nelsen (“La Discipline Positive”, Marabout, 2014, initialement publié aux Editions du Toucan en 2012).

Plusieurs notions, essentielles pour tous ceux qui veulent s'approprier cette approche, sont mentionnées dans ce verbatim :

  • la fermeté et la bienveillance,
  • l'encouragement,
  • la coopération et l'autonomie.

Car en matière de Discipline Positive, la fermeté est indissociable de la bienveillance. Et l'encouragement — qui est à distinguer du compliment — joue un rôle primordial.

La recherche du besoin que l'enfant essaie d'exprimer lorsqu'il se comporte de façon inappropriée est nécessaire, mais il s'agit surtout de l'impliquer dans la recherche de solutions afin qu'il participe et coopère tout en devenant plus autonome.

Le développement d'un lien d'appartenance à un groupe (le cercle familial, par exemple) est également important.

Avec fermeté ET bienveillance

La Discipline Positive invite les parents à adopter une posture à la fois ferme et bienveillante, sans punition.

Fermeté et bienveillance doivent être simultanément mises en place.

La fermeté représente le respect du monde de l'adulte et répond aux besoins spécifiques du moment : le respect des limites et des règles (être poli, se rendre à l'école à l'heure, partir du square au moment où l'adulte l'a décidé, etc.)

La bienveillance est le respect du monde de l'enfant. Cela implique de comprendre ses problématiques, la situation dans laquelle il se trouve, et avoir confiance en ses capacités à dépasser ses frustrations. (Cela ne signifie pas, pour autant, céder à ses demandes ou le couver au-delà du raisonnable comme on peut le lire parfois !)

Encourager plus que complimenter

L'encouragement a pour objectif de faire naître chez l'enfant le sentiment qu'il est capable.

A titre d'exemple, il ne suffit pas de dire « je suis fier de toi, tu as obtenu une bonne note ».

Formuler un encouragement comme « bravo, tu as progressé, tu as obtenu une meilleure note que la précédente grâce au travail que tu as fourni » serait plus adapté.

Les adeptes de la Discipline Positive relèvent que si les compliments sont appréciés sur l'instant, l'enfant qui les reçoit peut agir dans l'objectif de faire plaisir à l'adulte qui le félicite.

En revanche, les encouragements permettent de mettre l'accent sur les progrès, le chemin parcouru et, éventuellement, sur celui qu'il reste à parcourir. Les compliments créent une dépendance au regard de l'adulte alors que les encouragements permettent à l'enfant de se sentir plus fort et de gagner confiance en lui, d'être autonome.

Comportements inadaptés et recherche de solutions

L'encouragement - compris au sens large dans ce cas (montrer de l'attention et de la bienveillance) - peut en particulier aider dans des situations problématiques, lorsque les enfants ont des comportements qui ont notamment pour objectifs d'accaparer l'attention, de prendre le pouvoir ou de faire souffrir pensant que cela permet d'appartenir au groupe, de confirmer sa (fausse) croyance d'incapacité.

« L'encouragement contribue à satisfaire le besoin et rend ainsi inutile le comportement inapproprié », souligne Jane Nelsen dans son ouvrage.   

Si les enfants font des bêtises ou manquent par exemple de respect à un adulte, une voie importante à explorer pour faire cesser ce type de comportement est de les impliquer dans la recherche de solutions, de les mettre à contribution.

« L'un des concepts essentiels de la Discipline Positive est que les enfants sont plus à même de suivre les règles quand ils sont impliqués dans leur mise en place. En participant activement à la vie de famille, en classe, dans les communautés, ils deviennent capables de prendre des décisions et de développer une estime de soi solide », peut-on lire dans l'ouvrage de référence de Jane Nelsen.

Chercher à identifier le but caché auquel répond un comportement inapproprié au lieu d'agir sur le comportement de l'enfant est l'une des clés.

Par exemple, comprendre qu'un enfant cherche à attirer l'attention et l'aider à trouver des solutions différentes de celles qu'il a préalablement adoptées peut s'avérer efficace.

L'enfant est le mieux placé pour proposer des idées qui lui conviennent. Car si c'est bien aux parents de poser le cadre, l'enfant arrivera d'autant mieux à le respecter qu'il aura réfléchit à la manière d'y parvenir.

Ainsi, partir à une heure préalablement fixée pour se rendre à l'école sera d'autant plus aisé que l'enfant aura pensé à quoi faire pour réussir à partir à l'heure (préparer ses affaires la veille, ne pas lire ou jouer le matin, etc.).

Développer un sentiment d'utilité au sein du groupe

Se sentir appartenir à un groupe est l'un des aspects essentiels de la Discipline Positive.

« Donner aux enfants des opportunités de contribuer, d'aider, de participer à un groupe (tâches ménagères, rôle dans la classe, réunions de classes ou de famille, choix limités…) permet d'apporter un changement efficace dans leurs comportements », rappelle le site de l'association Discipline Positive France.

Le but recherché : s'assurer d'un bon fonctionnement des relations internes à l'ensemble du groupe. « A chaque fois qu'un enfant aide à la maison, quelle que soit l'importance de la chose, cela lui donne une utilité sociale.

« Plus il se sent reconnu et valorisé, moins il a besoin de recourir à des comportements inappropriés pour avancer », expliquait Béatrice Sabaté dans un article de la revue Pédiatre. 

Une boîte à outils

Jane Nelsen et Lynn Lott, une thérapeute américaine, ont initié des ateliers pour les parents dès 1969. En 1990, elles ont partagé leur travail et proposé des livres et des manuels de formation pour les parents, les enseignants et les éducateurs. En 2004, elles ont créé aux Etats-Unis la « Positive Discipline Association » pour que leur travail soit partagé. Depuis, leur initiative a essaimé.

Ainsi, des ateliers pour les parents et pour les enseignants sont proposés un peu partout dans le monde.

En France, sous l'égide de l'association Discipline Positive France (fondée en 2012) des cycles d'ateliers sont proposés à celles et ceux qui recherchent des outils qui les aident à mieux gérer la relation avec leurs enfants au quotidien. Lors de ces séances, chaque participant est amené à prendre conscience de sa situation et à participer en aidant les autres. Chacun est notamment mis en situation, en particulier à travers des jeux de rôles.

Lors de ces ateliers, des « outils » sont proposés aux participants. Espace de retrait privilégié et nécessaire selon Jane Nelsen, le « temps de pause » permet, par exemple, de se reconnecter avec ses capacités à gérer ses émotions.

Ce retrait peut être physique (se rendre dans une autre pièce de la maison, sortir si un autre adulte est à la maison, etc.) ou émotionnel (faire autre chose comme lire un livre).

Il concerne l'ensemble des protagonistes, enfants et adultes.

Si avant l'âge de 4 ans, il est recommandé de faire ce temps de pause avec l'enfant (en lui lisant une histoire ou simplement en restant à ses côtés), les enfants plus grands peuvent prendre le temps de faire retomber leur colère ou l'émotion dans laquelle ils se trouvent, dans un lieu ou un espace qu'ils auront préalablement choisi. L'objectif est de leur permettre de se sentir mieux afin qu'ils accèdent sereinement à leurs capacités de raisonnement.

« Le temps de pause est un outil essentiel parce qu'il précède tous les autres. En effet, comment faire une recherche de solutions lorsque l'on est hors de soi, comment réparer son erreur ou être disponible aux apprentissages sans avoir d'abord retrouvé son calme ? », relève Jane Nelsen dans son livre.

Le temps de pause n'est pas un outil punitif ni permissif. Une fois que chacun a retrouvé son calme, un suivi est indispensable sous la forme d'une recherche de solutions, d'un apprentissage, etc.

Le « temps d'échange en famille » ou le « temps d'échange en classe » est un autre outil très efficace selon Jane Nelsen. Ce temps privilégié, planifié, permet aux membres d'un même groupe de s'apprécier de façon positive et à chercher ensemble des solutions qui faciliteront leur vie commune tout en s'épanouissant.

« En ce qui nous concerne, nous avons mis en place une réunion en famille chaque dimanche, d'à peine 15 minutes, et où chacun commence par faire des compliments ou des remerciements à chacun des autres membres de la famille. Sont également évoqués lors de ces réunions familiales le planning de la semaine, la recherche de solutions à d'éventuels problèmes rencontrés, et l'adoption d'une activité ludique qui convient à tous », explique une maman de deux enfants ayant suivi des ateliers de Discipline Positive.

En d'autres termes, la discipline positive est une démarche éducative associée à une boîte à outils qui rend l'enfant acteur de ses apprentissages, de ses contributions.

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Pour en savoir plus

  • La discipline positive, de Jane Nelsen, adaptation Béatrice Sabaté (Editions du Toucan, 2012 et Marabout, 2014),
  • La discipline positive pour les adolescents (Jane Nelsen, Lynn Lott, Marabout, 2015),
  • La discipline positive pour les parents solos (Jane Nelsen, Cheryl Erwin, Marabout, 2018),
  • La discipline positive dans la classe (Jane Nelsen, Lynn Lott, Editions du Toucan, 2018)
  • Association Discipline Positive France (pour consulter des informations complémentaires ainsi que la liste des ateliers proposés en France : http://www.disciplinepositive.fr)

 Un article exclusif signé Yaël Landau pour PopMoms, tous droits réservés©

Yaël Landau est maman de 4 enfants. Journaliste et blogueuse, elle a aussi créé 8h45.com, un nouveau média destiné aux parents !

Crédit photo : un immense merci à sai-de-silva @ Unsplash    

       

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