Pédagogies alternatives : pour y voir plus clair...

Par Yaël Landau, en exclusivité pour PopMoms

Les pédagogies alternatives, tout le monde en parle !

La pédagogie Montessori, citée dans de nombreux articles de presse, a donné lieu à de multiples collections d'ouvrages, et fait l'objet de débats dans le monde enseignant comme chez les parents.

Si on lui prête mille vertus, elle n'est pas pour autant sans détracteurs, ces derniers lui reprochant, en particulier, d'être trop permissive.

1/ La pédagogie Montessori : de quoi s'agit-il précisément ?

Si vous n'êtes pas familier avec la méthode Montessori, telle qu'on la pratique dans les écoles Montessori, prenez une heure et demie de votre temps pour regarder Le maître est l'enfant, un film réalisé par Alexandre Mourot qui a posé sa caméra pendant un an dans une classe maternelle Montessori.

Il ne s'agit pas, ici, d'une classe maternelle telle qu'on peut l'imaginer dans les écoles plus classiques. Des enfants de 3 à 6 ans sont mélangés, les grands aidant volontiers les plus jeunes. Mais, surtout, ce qui frappe le spectateur est l'autonomie de chacun. Le maître ne dirige pas.

Film d'observation, Le maître est l'enfant nous montre comment chaque enfant choisit, en toute liberté, son activité du moment, prend le temps d'expérimenter encore et encore sans contrainte aucune, et découvre finalement par lui-même autant d'enseignements que cette activité le lui permet.

 « Maria Montessori a complété ses études de médecine par des études de psychologie qui lui ont permis d'analyser le développement de l'enfant et de conceptualiser deux idées novatrices : l'esprit absorbant et les périodes sensibles. Ils sont à la base de toute la méthode d'enseignement Montessori », expliquent Madeleine Deny et Anne-Cécile Pigache dans leur ouvrage Le grand guide des pédagogies alternatives (Eyrolles, 2017).

Au cours de ses observations, la pédagogue constate, en effet, que l'enfant est doté d'une capacité remarquable de pouvoir s'imprégner de son environnement (ce qu'elle appelle l'esprit absorbant) et note, par ailleurs, que cette faculté est particulièrement développée lors de périodes dites sensibles, des périodes pendant lesquelles l'enfant va naturellement se passionner pour certains sujets ou aspects de son apprentissage (comme la marche, la lecture, la géographie, par exemple) et pendant lesquelles il apprendra finalement sans réel effort, et avec joie, car porté par son enthousiasme.

Tout l'art du maître est donc de mettre à disposition des enfants le matériel, de montrer à chaque élève individuellement les bonnes pratiques pour telle ou telle activité, puis d'observer sans intervenir, laissant à chacun la liberté d'expérimenter.

Les principes et le matériel requis sont très codifiés, mais rentrent désormais dans des écoles autres que celles labellisées Montessori… et à la maison.

Des coachs se sont même spécialisés pour aider les parents qui le souhaitent à mettre en place et utiliser le matériel spécifique à cette pédagogie à la maison.

Des ateliers pour enfants estampillés « Montessori » ou « d'inspiration Montessori » sont également proposés.

L'offre de livres pour parents et pour enfants ne cesse de s'étoffer. Des box proposent même du matériel Montessori par abonnement.

Alors que ses détracteurs trouvent cette pédagogie trop permissive, beaucoup la trouvent remarquable.

Quelles sont les raisons d'un tel engouement ?

Les explications possibles sont plurielles.

L'enseignement des écoles qui relèvent de l'Education nationale n'est, selon certains parents, pas toujours à la hauteur de ce que les familles attendent.

Lorsque l'on envisage un enfant comme un individu particulier, un apprentissage en autonomie selon un rythme qui respecte celui de l'enfant séduit.

En outre, selon ses adeptes, l'approche Montessori permettrait à l'enfant de s'adapter plus facilement aux situations et non pas en prévision d'un métier qui n'existera peut-être plus dans 20 ans, quand il sera adulte.

2/ Vers une éducation « nouvelle »

Mais l'approche prônée par Maria Montessori n'est pas la seule méthode pédagogique alternative dont on parle actuellement.

Le livre de Madeleine Deny et d'Anne-Cécile Pigache en recense une dizaine.

Certaines sont plus récentes que d'autres, comme celle du philosophe et pédagogue Antoine de la Garanderie, mais beaucoup s'inscrivent dans le courant des pédagogies dites nouvelles.

« Au lendemain de la première guerre mondiale, dans une Europe traumatisée, des pédagogues pensent qu'un monde sans violence est possible. En France, en Autriche, au Royaume-Uni, en Pologne, en URSS, en Italie, des personnalités comme Maria Montessori, Célestin Freinet, Ovide Decroly ou Alexander Neill vont profondément changer la pensée de l'éducation, en plaçant l'enfant au cœur de l'enseignement. À contre-courant des sociétés blessées et sclérosées qui sont les leurs, ils tentent, par tous les moyens, d'inventer une autre école. Un pédagogue Suisse, Adolphe Ferrière, les réunit au sein d'un mouvement dont il sera le centre névralgique : la Ligue Internationale de l'Education Nouvelle, créée sur le modèle de la Société des Nations, » peut-on lire sur la fiche du film « Révolution école (1918-1939) » éditée par le portail du film documentaire (film-documentaire.fr).

Paul Geheeb, Janusz Korczak et Rudolf Steiner sont d'autres figures de ce mouvement « Éducation nouvelle » porté à la fois par des médecins, des psychologues, des philosophes et des parents qui remettent en question un système scolaire qu'ils considèrent inadapté à la psychologie de l'enfant, un système scolaire uniformisé et trop théorique.

Aujourd'hui, les pédagogies Montessori, Steiner-Waldorf et Freinet font partie des pédagogies alternatives les plus médiatisées en France.

3/ La pédagogie Steiner-Waldorf permet à l'enfant d'apprendre à son rythme

Rudolf Steiner, philosophe allemand, crée au début du 20e siècle l'anthroposophie, un courant de pensée s'appliquant à l'éducation mais aussi aux arts, à la médecine ou encore à l'agriculture. La première école Waldorf-Steiner naît lorsque l'industriel Emil Molt, directeur de l'usine de cigarettes Waldorf-Astoria, lui demande de créer une école à Stuttgart, en 1919, pour les enfants des salariés de l'usine.

La condition émise par Rudolf Steiner : l'accueil de tous les enfants, sans aucune considération de classe.

Parfois décriée et accusée de dérives sectaires (à cause de son aspect mystique), la pédagogie Waldorf-Steiner offre d'importants atouts selon ceux qui y ont recours.

Elle permet, notamment, aux enfants de se développer chacun à leur rythme, et d'apprendre en jouant.

Elle se base, en effet, en partie sur l'idée que les jouets les plus simples suscitent le plus de créativité. Le jeu libre y est roi.

Dans les écoles Steiner-Waldorf aucun enseignement académique n'est dispensé avant l'âge de 7 ans. Le jeu libre et les activités créatives sont mis en avant. L'apprentissage des langues est ensuite très important.

« Les jardins d'enfants et écoles Steiner-Waldorf accueillent dans le monde plus de 250 000 enfants dans 1 000 écoles et plus de 2 000 jardins d'enfants. En France, ce sont quelque 2 500 enfants qui sont dans 22 structures », selon la fédération Pédagogie Steiner-Waldorf.

4/ La pédagogie Freinet entend favoriser l'expérimentation personnelle

Jeune instituteur français, Célestin Freinet officie après la première guerre mondiale, en 1920. Il met en place des techniques nouvelles dès ses premières années d'enseignement. Il se marie en 1925 et développe, avec l'aide de sa femme Elise, elle-même institutrice et artiste, une série d'outils pédagogiques basés sur l'expression libre des enfants.

Le couple fonde, en 1928, la CEL (Coopérative de l'Enseignement Laïc) afin de produire des matériaux d'enseignement pour ceux qui pratiquent la pédagogie Freinet.

L'un des outils qu'affectionnent les Freinet est l'imprimerie. Dès la rentrée d'octobre 1924, Célestin Freinet supprime les manuels scolaires dans sa classe et introduit l'imprimerie dans sa modeste classe rurale, rendant compte de ses expériences dans diverses revues. L'idée : permettre aux enfants d'être les auteurs, éditeurs, illustrateurs, imprimeurs et diffuseurs de contenu.

Célestin Freinet développe le concept de « tâtonnement expérimental » : « l'enfant fait et refait lui-même le chemin mental aboutissant à un savoir. Ce faisant, l'élève imprime en lui le processus qui permet d'utiliser le savoir et le relier à d'autres dans d'autres domaines. Freinet met aussi l'accent sur l'expression libre des enfants par l'écriture et le dessin, la correspondance scolaire ou encore la réalisation de journaux scolaires », explique Adeline Gadenne, journaliste, sur le site Doctissimo.

Célestin Freinet est mis à l'écart de l'éducation nationale en 1933 pour des raisons politiques. Il fonde, avec sa femme, la première école privée prolétarienne en 1935. Arrêté et interné pendant la guerre, il produit beaucoup d'écrits sur la pédagogie pendant cette période. Après-guerre, il crée l'Institut coopératif de l'école Moderne (ICEM) pour former des enseignants.

Popularisée, en 1949, grâce au film L'Ecole buissonnière, la pédagogie Freinet est aujourd'hui active grâce aux actions de l'ICEM.

Les écoles Freinet sont reconnues par l'éducation nationale depuis 1964. Elles invitent les élèves à l'exploration, l'expérimentation et à apprendre à leur propre rythme. Les enseignants - qui suivent les programmes officiels de l'Education nationale - sont libres de définir l'ordre dans lequel ils dispensent leurs leçons.

Il y a des moments individualisés pendant les temps de classe : chaque élève peut participer à différents ateliers thématiques, grâce à des espaces aménagés dans la salle de cours.

L'enseignant accompagne et guide chacun mais n'impose rien.

Un enfant qui s'intéresse à un sujet en particulier peut prendre le temps de l'approfondir. Une fois terminé, son travail est soumis à l'enseignant ou à l'ensemble de la classe. Suite à une réflexion de groupe, ou de façon individuelle, en s'appuyant sur des fiches autocorrectives, il peut ensuite l'améliorer.

5/ Les pédagogies alternatives aujourd'hui

« Ces pédagogies alternatives ont influencé les pratiques enseignantes et les programmes de l'éducation nationale : citons les  ‘coins' en maternelle (espaces découpés, clos et identifiables), le travail de groupe, la correspondance scolaire, le travail sur le développement durable ou encore la pédagogie de projet.

Les textes officiels prônent désormais une école qui tient compte du développement de l'enfant et aménage la classe afin d'offrir aux enfants un univers qui stimule leur curiosité », note Adeline Gadenne.

Mais, en dehors de l'enceinte même de l'école, ces pédagogies retrouvent un regain d'intérêt, aujourd'hui, en France, cent ans après leur éclosion. Face aux crises du système éducatif (violence, échec scolaire, programmes allégés, etc.), un enseignement attentif à chaque élève est désormais attendu.

D'un point de vue médiatique, la pédagogie Montessori porte le statut de « vitrine » des pédagogies alternatives qui font d'ailleurs l'objet d'un nombre croissant d'articles de presse et de publication d'ouvrages.

Pour autant, « l'écart est encore abyssal entre le nombre d'enfants scolarisés dans des structures alternatives, quelques dizaines de milliers, et l'attirance pour une autre façon d'éduquer et une volonté de changer l'école dite traditionnelle », souligne Sylvain Wagnon auteur de l'article « Les pédagogies alternatives en France aujourd'hui : essai de cartographie et de définition », publié en 2018 par la revue Tréma, revue internationale en sciences de l'éducation et didactique qui a consacré un dossier complet aux pédagogies dites alternatives.

La France compterait quelque 1000 établissements (principalement privés) proposant ce type de pédagogie.

La revue Tréma souligne toutefois que plusieurs courants sont à distinguer.

Aux côtés des courants de pensée historiques, d'autres ont émergé ces dernières années comme, par exemple, les écoles démocratiques, des établissements sans enseignement formel, avec « une approche permettant aux enfants de faire leurs propres choix concernant leurs apprentissages et tous les autres domaines de la vie » (selon le site de la Communauté européenne pour l'Education démocratique).

Le mouvement « Printemps de l'éducation », diffuseur de la diversité des idées des pédagogies alternatives, « propose un petit lexique des pédagogies ‘différentes', repris par les autres sites de diffusion favorables aux pédagogies alternatives.

Ce petit lexique place dans l'ordre : la pédagogie Montessori, Steiner, Freinet, pédagogie institutionnelle, éducation intégrale et libre progrès, éducation lente, modèle scandinave, éducation démocratique, école à la maison, éducation authentique, indique la revue Tréma tout en rappelant que mettre sur le même plan ou dans la même « nébuleuse », des pédagogies aux fondements très différents (dont certains sont ésotériques) soulève des interrogations.

Que pensez-vous de ces pédagogies ? Vos enfants sont-ils scolarisés dans une école « différente » ? Pratiquez-vous, à la maison, des activités inspirées de ces pédagogies ? Partagez vos retours d'expérience avec nous, sur le groupe Facebook Mamans & Papas, entraide et rires (PopMoms Community).

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Pour aller plus loin :

Un article exclusif signé Yaël Landau pour PopMoms, tous droits réservés©

Yaël Landau est maman de 4 enfants. Journaliste et blogueuse, elle a aussi créé 8h45.com, un nouveau média destiné aux parents !

Crédit photo : un immense merci à Pan Xiaozhen @Unsplash   

 

       

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