Les enfants hypersensibles...

Par LMT

Vous remarquez que votre enfant perçoit un peu trop vivement les stimuli extérieurs. Le bruit le sollicite tellement qu'il semble en souffrir. Ou encore, il est longtemps travaillé par quelque chose qu'il juge triste ou injuste. Un mot, un geste peuvent le blesser profondément. Peu « sociable » ou vite fatigué, il s'enferme dans sa chambre pour retrouver sa solitude ou le calme après une sortie... Il se vexe pour rien, il pleure facilement, il pique des crises pour un oui ou pour un non, vous semble-t-il... Parfois, au contraire, il crane ou se cache derrière un masque d'indifférence en prétendant qu'il n'est pas affecté, alors qu'à l'intérieur il se sent vivement blessé.

Certains enfants sont dotés d'une sensibilité particulière. Ils réagissent physiquement, d'une façon qui semble excessive, à différents stimuli, comme les bruits, les odeurs ou l'intensité de la lumière (on parle alors d'hypersensibilité sensorielle, ou hyperesthésie). Ou encore ils ressentent des émotions que les autres sont fréquemment amenés à considérer comme disproportionnées.

Ainsi dira-t-on d'un enfant dont les larmes coulent facilement qu'il est pleurnichard, de quelqu'un qui a du mal à contrôler ses sentiments qu'il est beaucoup trop émotif pour bien se débrouiller plus tard dans la vie, d'un garçon dont la sensibilité est à fleur de peau qu'il est « comme une fille » ; on dira de tel autre qu'il est trop susceptible, trop fragile pour son propre bien…

Les témoignages sur l'hypersensibilité sont nombreux. Les écrits sur le sujet foisonnent ; ils mettent souvent l'hypersensibilité en lien avec d'autres traits : avec l'intelligence précoce, l'intuitivité, l'empathie, la créativité, l'introversion (la « tendance à se tourner vers l'intérieur », selon le psychiatre Carl Jung), l'asocialité, etc.

Les enfants hypersensibles auraient aussi tendance à être plus consciencieux que la moyenne, plus peureux, à enregistrer des informations que d'autres ne relèvent pas...

Malheureusement, si les articles sur le sujet abondent, les études scientifiques sur l'hypersensibilité sont plus difficiles à trouver ; les recherches sur les moteurs spécialisés donnent des résultats axés sur des troubles de personnalité et sur l'angoisse sociale (social anxiety), ou encore sur l'hypersensibilité allergique ou non, associée à des problèmes médicaux.

Les caractéristiques des personnes hypersensibles

La psychologue américaine Elaine Aron relève 4 caractéristiques principales des personnes hypersensibles (auxquelles renvoie le sigle DOES) :

La profondeur de traitement (Depth of processing) : les personnes hypersensibles iraient au fond des choses pour tenter de les comprendre. Cela les amènerait à poser plein de questions, à être plus lentes et à mettre plus de temps à prendre une décision...

La propension à être sur-stimulé et à réagir facilement (Over aroused) : les personnes hypersensibles seraient plus conscientes que les autres de ce qui se passe à l'intérieur ou à l'extérieur d'elles, et réagiraient intensément au grand nombre d'informations enregistrées. Cela se manifesterait par des « crises » apparemment inappropriées, par de fortes réactions au changement, par une sensibilité extrême au bruit, à la température, à des textures, etc. (mais il ne s'agirait pas de troubles sensoriels), et par un besoin profond de calme après l'émotion.

Une forte réactivité émotive et une empathie naturelle profonde (Emotional reactivity and high empathy), qui se manifesteraient par des pleurs plus « faciles » que chez les autres enfants, par la capacité de sentir la détresse des autres, par la révolte contre la cruauté et l'injustice, par un perfectionnisme extrême.

La sensibilité à des stimuli subtils et la conscience des détails (Sensitivity to subtle stimuli) : les personnes hypersensibles auraient le sens du détail et remarqueraient des choses qui passent souvent inaperçues. Par exemple, elles percevraient presque instantanément l'humeur des gens, les inimitiés, une atmosphère tendue, des sentiments négatifs...

Pourquoi parler d'hypersensibilité...

Est-il bon d'étiqueter un enfant comme hypersensible ?

Oui, dans la mesure où cela peut aider à mieux le comprendre, et à s'adapter à lui en conséquence, surtout si, en tant que parent, on est loin d'avoir la même sensibilité, donc s'il nous désempare, s'il nous inquiète ou s'il nous exaspère.

On peut ainsi l'aider à gérer sa sensibilité pour qu'il soit plus apte à s'accorder avec autrui et à faire face à la vie en général.

Par ailleurs, si une grande sensibilité est souvent valorisée chez les filles, elle est décriée chez les garçons dans plusieurs sociétés, notamment en Occident, où la « masculinité » est associée à la force et à une émotivité bien contrôlée, alors qu'en réalité l'hypersensibilité n'est pas une affaire de fille ni une question de faiblesse.

Comprendre cela aide à mieux composer avec un garçon hypersensible.

Toutefois, l'hypersensibilité n'étant pas un trouble psychique ou une pathologie (même si elle peut amener à souffrir), il ne faut pas la voir comme une tare, un mal à soigner et à surmonter.

À l'instar de l'hyperactivité, elle constitue trop souvent une notion fourre-tout.

Malheureusement, nombreux sont ceux qui considèrent qu'elle est nocive, car les hypersensibles sont plus facilement perturbés que les autres ; ils ressentent les choses plus profondément et plus durablement que la moyenne des gens, et ils acceptent plus difficilement des solutions de rechange, ce qui risque de les fragiliser.

En réalité, on ferait mieux de percevoir l'hypersensibilité comme un don inestimable, une force lorsque bien canalisée, « apprivoisée ».

Un enfant hypersensible ne devrait pas être « normalisé », « corrigé », même s'il se sent différent des autres et souvent incompris.

« Devenir humain est une conquête quotidienne, et celle-ci passe par la fierté d'être sensible », dit le psychanalyste Saverio Tomasella.

Comment déterminer si votre enfant est hypersensible

L'hypersensibilité d'un enfant peut être évaluée en tenant compte du degré auquel il est à l'écoute de ses propres émotions, ou à l'écoute des émotions et des sentiments d'autrui.

Les deux ne s'équivalent pas : un individu peut être très attentif à ce qu'il ressent, parfois au point d'être centré sur lui-même, mais être peu réceptif aux autres.

Vous pouvez évaluer sommairement la sensibilité de votre enfant à ses propres émotions en tenant compte :

  • de sa capacité à exprimer ce qu'il ressent ;
  • de sa facilité ou, au contraire, de sa difficulté à lâcher prise ;
  • de l'intensité de sa réaction quand on le reprend, qu'on le critique, etc.
  • de l'intensité de sa réaction devant une histoire ou un film tristes...

Vous pouvez estimer sommairement sa sensibilité aux autres en tenant compte :

  • de sa capacité à remarquer quand les autres sont blessés, fâchés, perturbés ;
  • de son aptitude à se mettre à la place des autres ;
  • de sa tendance à faire preuve d'empathie et de sympathie à l'égard d'autrui.

Composer avec l'hypersensibilité de son enfant

Il est important de se rappeler que l'hypersensibilité d'un enfant est en partie déterminée génétiquement, et qu'elle est donc partie intégrante de lui.

Voilà pourquoi il ne faut pas essayer de le changer, mais plutôt lui apprendre à composer avec qui il est et à adopter des approches qui « passent mieux » socialement, sans lui faire ressentir de la honte ou de la culpabilité pour la personne qu'il est.

Apprenez à bien connaître votre enfant en tenant compte de son unicité : il y a différentes sortes d'hypersensibilité, et tous les enfants hypersensibles ne se ressemblent pas. Essayez de le comprendre, et faites preuve de patience.

Quand on lui fait une remarque qu'il juge négative, il tend à réagir fortement ? Il se vexe facilement, pique des crises, a l'air d'être capricieux, boude ?

Ce n'est pas parce qu'il a un ego surdimensionné, mais plutôt parce qu'il est très affecté, et sa façon d'exprimer son malaise est de pleurer, de s'énerver, de s'isoler (il a besoin, en fait, de se retirer pour panser ses blessures)...

Il est important de ne pas ignorer ce qu'il ressent, mais de lui apprendre à s'exprimer d'une manière plus appropriée. Il a eu une mauvaise note à l'école ?

Il a peut-être raté son examen, mais ça ne fait pas de lui un nullard. Il ne faut pas qu'il se remette en cause de façon aussi radicale.

Évitez de dénigrer votre enfant et de lui coller des étiquettes négatives en le qualifiant, par exemple, de pleurnichard ou de boudeur. Ce n'est pas qui il est que vous devez critiquer, mais son attitude, ses gestes ou ses comportements. Dites-lui par exemple : « Tu ressens les choses très fortement » plutôt que « tu es mélodramatique ».

Valorisez-le en utilisant des adjectifs comme « doux », « sensible », « à l'écoute » lorsque vous le qualifiez. Mettez l'accent sur le côté positif de son hypersensibilité.

Il semble rancunier et est incapable de lâcher prise ? Apprenez-lui à accepter ses sentiments, puis à pardonner et à oublier pour qu'il puisse tirer un trait et avancer.

Aidez-le à faire face à l'adversité en l'amenant à comprendre que, si les autres ne pensent pas comme lui ou n'agissent pas comme lui, c'est tout simplement parce qu'ils sont différents.

En ce sens, il lui faut éviter d'escompter leurs réactions, car ses attentes risquent fort d'être déçues.

Il ne devrait pas se sentir irrémédiablement blessé ou trahi parce que ses amis, ne voyant pas les choses comme lui ou n'ayant pas sa vive sensibilité, ne font pas attention à des détails, ne nuancent pas leurs propos à l'extrême ou n'étudient pas minutieusement chacun des actes qu'ils comptent poser.

L'intention compte parfois plus que la manière du geste ou le geste lui-même.

Rappelez-lui qu'il ne doit pas interpréter les attitudes et les paroles des autres, et sauter aux conclusions ; qu'il est bon parfois de demander des éclaircissements plutôt que de croire qu'on sait, et juger.

Certains mots ou certains gestes qu'il considère comme des affronts ou comme des sources de blessures ne le sont pas intentionnellement, ou leur portée négative est plus imaginée que réelle.

Il croit que quelqu'un lui a lancé un regard de mépris ? Il n'est pas dans la peau de l'autre pour savoir ce qui lui est passé par la tête ; de toute façon, ce que l'autre pense n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est qui il est vraiment.

Apprenez à vous comprendre mutuellement et à vous entendre en adoptant certaines stratégies qui vous éviteront de vous énerver et de vous impatienter en tant que parents, et de blesser votre enfant.

Appréciez-le, respectez-le, accompagnez-le, et sécurisez-le.

Selon Emmanuelle Rigon, on peut aider son enfant hypersensible par différents moyens :

  • En l'amenant à relativiser les choses et à dédramatiser.
  • En lui apprenant à ne pas réagir tout de suite et à prendre du recul.
  • En lui apprenant à contrôler sa susceptibilité pour qu'il soit moins blessé par les autres, à remettre les choses en perspective en ne prenant pas tout à la lettre.
  • En l'aidant à apprivoiser ses émotions et à gérer sa frustration, sa tristesse, ses blessures.
  • En l'écoutant, en discutant avec lui, en le sécurisant et en le soutenant de sorte à renforcer son estime de lui : sa très grande sensibilité peut l'amener à réaliser des choses extraordinaires dans différents domaines, artistique, social, humain ou autre.

Comment s'en vouloir d'avoir une vie intérieure riche et complexe ? Après tout, c'est la puissance du ressenti et la perception des nuances qui permettent à l'écrivain et au peintre de remarquer ce qui échappe aux autres, et de saisir les subtilités. Et c'est la capacité à se mettre à la place des autres en faisant preuve de compassion qui sauve l'humanité.

Bref, l'hypersensibilité peut aller de pair avec les tempêtes émotionnelles, les questionnements existentiels, les mauvaises interprétations qui gâchent la vie...

Mais on peut être hypersensible et serein si on apprend à tempérer sa grande sensibilité par le bon sens, la confiance en soi et la résilience, et si on la considère comme une alliée plutôt que comme une ennemie.

On ne doit pas essayer de changer qui on est, mais plutôt d'être le mieux qu'on puisse être.

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Un article signé LMT pour PopMoms, tous droits réservés©

Crédit photo : merci à Jordan Whitt @Unsplash  

Pour aller plus loin, sites internet :

Pour aller plus loin, livres :

  • "Ces gens qui ont peur d'avoir peur : mieux comprendre l'hypersensibilité", Elaine N. Aron, Éditions de l'Homme, 2O13.
  • "The highly sensitive child : Helping our children thrive when the world overwhelms them", Elaine N. Aron, Harmony, 2OO2
  • "Les enfants hypersensibles : ultra-émotifs, hyper-susceptibles, toujours à fleur de peau", Emmanuelle Rigon, Albin Michel, 2O15.

 

       

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