Le confinement vu par les enfants !

Par Caroline Leleu

Quarante jours de confinement, une épreuve en soi pour de nombreux adultes, un temps de repos inespéré pour d'autres... Mais qu'en est-il de nos enfants ? Comment perçoivent-ils le confinement ?

Quelles sont leurs attentes et leurs craintes vis à vis de demain ? Sont-ils inquiets ou heureux de reprendre bientôt le chemin de l'école ?

Quelques enfants et jeunes de toutes tranches d'âges ont bien voulu répondre à nos questions.

A Paris ou à Lille, confinés chez eux ou à la campagne, tous ne vivent pas le même confinement. Pour autant, il est frappant de constater à quel point leurs interrogations se rejoignent.

Ils ont entre 6 et 12 ans, et nous ont bluffés par leurs capacités de réflexion, de verbalisation et de restitution.

Voici un extrait de leurs témoignages :

« Le plus difficile, c'est l'absence des amis »

Qu'ils soient très sociables ou timides, jeunes ou plus âgés, les enfants sont unanimes : le plus difficile pendant le confinement est le manque d'interaction sociales, l'absence physique de leurs amis.

  • « J'ai hâte de retrouver l'école et mes amis, c'est pas pareil qu'avec juste nos parents »
  • « Ce que je veux le plus, c'est revoir mes copains »

Cette rengaine se retrouve dans la bouche de tous les enfants sans exception !

Si les plus âgés des petits confinés ont pu s'appuyer sur les nouvelles technologies (« Les groupes Whatsapp et Insta de la classe ont chauffé à mort pendant le confinement ! » sourit Achille, 12 ans), et que les plus petits ont parfois eu l'occasion d'échanger par téléphone avec quelques amis pendant le confinement, rien ne remplace selon eux le contact réel.

Les enfants de 5 ou 6 ans, notamment, traversent une période où l'interaction et le tactile sont des composantes fondamentales du développement ; cette période de confinement, où le tactile leur est interdit, les bouleverse dans leurs instincts. 

Aliénor, 10 ans, indique que cet épisode de confinement va encore resserrer ses relations d'amitié avec ses camarades. « Je ne savais pas que mes amies d'école comptaient tellement pour moi » dit-elle.

Pour Héloïse, qui a fêté son anniversaire en plein confinement, ce sont les nombreux appels de ses amis qui l'ont aidée à passer le cap. Même si elle a malgré tout hâte de le fêter « en vrai »...

Une leçon d'autonomie

« J'ai dû apprendre à m'organiser », est une remarque récurrente chez les enfants de tous âges.

Nombreux sont ceux dont les parents, très occupés par ailleurs, ont été contraints de les laisser gérer leur temps en autonomie.

Une autonomie acquise parfois malgré eux : les enfants ont tendance à culpabiliser y compris pour des événements qui ne sont pas de leur fait : maladie, deuil. En se faisant discrets pour ne pas perturber leurs parents, ils gèrent leur culpabilité.

Ainsi Soizic, 8 ans, dont les grands-parents ont été atteints du coronavirus, explique que face à la maladie de ses grands-parents, ses parents ont été contraints de s'occuper de tout : contacter les médecins, gérer les démarches administratives... Elle-même, son frère et sa sœur devaient être attentifs à ne pas les déranger. Soizic s'est organisée pour faire ses devoirs toute seule, et « évitait de faire trop de bruit ».

Agathe, sept ans, enfonce le clou : Sa maman est infirmière, elle était souvent absente. Agathe a donc dû « travailler » seule et continue à s'organiser avec un étonnante maturité. « Je suis mes cours le matin et l'après-midi, je peux jouer. » Etonnamment indépendante, elle ajoute malicieusement :  « à la maison, on ne perd pas de temps avec les questions de ceux qui ne comprennent pas ! Maintenant j'ai plus de temps pour jouer dans ma chambre ! », avant d'ajouter pensive : « cette maladie m'a fait grandir et je m'en souviendrai toute ma vie. »  

L'acquisition d'une nouvelle autonomie est soulignée par de nombreux enfants : Domitille, 7 ans, clame : « je ne suis jamais sortie de chez moi sans mes parents, maintenant je suis super-prête. Après le confinement, j'irai toute seule jusqu'à la boîte aux lettres (au bout de sa rue, ndr !), alors qu'avant j'avais peur de le faire seule ». 

L'autonomie passe aussi par une gestion du rythme plus aléatoire qu'en temps scolaire. « Mes journées ne ressemblent pas du tout aux journées d'école ! » admet Alix, 11 ans.

Parmi les jeunes confinés interrogés, les réveils réguliers à 10 heures ou 11 heures du matin ont été légion pendant le temps du confinement !

Ulysse, 7 ans, admet : « j'avais beaucoup de sommeil à rattraper et j'étais souvent fatigué. Maintenant je peux me reposer et ça me fait beaucoup de bien ».

Il est intéressant de noter, qu'en grandissant, les enfants perçoivent assez rapidement les limites de cette autonomie : Alix et Aliénor, dix ans toutes les deux, expliquent que sans la présence des enseignants, elles trouvent difficile de rester concentrées et de travailler de façon régulière. Aliénor souligne ainsi qu'elle a pris conscience que « la discipline est importante » et que « les consignes ont du bon ! » ; « Sans l'aide de mes professeurs, comme  me le dit maman, je m'éparpille ».

La tâche est d'autant plus difficile que certains établissements envoient en début de semaine la totalité des cours et des devoirs hebdomadaires, sans suivi le reste de la semaine, exigeant ainsi des enfants - et de leurs parents - un sens de l'organisation et une discipline quasi drastiques…   

Des interrogations

Si, du plus petit au plus grand, tous les enfants connaissent la date à laquelle ils vont reprendre le chemin de l'école, les modalités de la reprise sont très floues pour tout le monde.

Soizic, huit ans, s'interroge : « Je crois que nous aurons des masques et que nous devrons nous laver les mains plus souvent ».

Anne-Solenne, dix ans, répond avec un peu d'indifférence : « on m'a dit qu'on serait en demi-groupes, mais après, ce sera comme avant ». 

Quant à Agathe et Louise, filles d'infirmières très fières de leur mère (« j'aimerais faire le même métier qu'elle plus tard ! »), elles sont conscientes des risques actuellement encourus par leur maman et envisagent avec sérénité leur retour à l'école : « nous en tous cas, on ne risque pas grand-chose parce qu'on est des enfants ! »

De façon générale, les interrogations enfantines portent beaucoup sur l'éventuelle propagation de la maladie chez les adultes de leur famille. Mais certains enfants se préoccupent aussi de leurs enseignants.

Soizic s'inquiète ainsi pour sa maîtresse : « Elle sera avec tous les enfants de la classe, j'espère qu'elle fera attention », quant à Aliénor, elle adopte une approche plus réfléchie : « Pourquoi les écoles peuvent ouvrir mais pas les restaurants ? Alors c'est risqué ! »

Cette interrogation est surtout partagée par les plus âgés des enfants : Héloïse et Antoine, au seuil de l'adolescence, ne cachent pas leur souhait bien ancré de retrouver leurs amis pour des soirées qu'ils qualifient déjà de « mythiques » juste après le déconfinement.

La reprise scolaire étant en léger décalage avec le 11 mai, ils auront donc le droit de se déplacer sans avoir de cours... mais là encore, les interrogations sur la propagation du virus sont là.

« J'espère que nous ne perdrons pas tous les bénéfices du confinement à cause d'une seule personne contaminée » résume posément Antoine.

Laissons le mot de la fin à Louise, onze ans, CM2, qui me cite la directrice de son école : « Le confinement est un épisode difficile mais il nous fait entrer dans l'Histoire avec un grand H. Nous vivons une période historique et ça a un côté excitant ! »

Merci aux Cointet, aux Rodet, aux Clarens et aux Dolley qui ont bien voulu répondre aux questions de Caroline Leleu pour cet article !

Cet article a été rédigé par Caroline Leleu, en exclusivité pour PopMoms, tous droits réservés©

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